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Quand les lieux sacrés deviennent des baisodromes lieux de débauches.

Peut-être vous êtes-vous déjà demandé s’il était permis d’avoir des relations sexuelles dans une église. Et bien, si l’on en croit le bon père Antonin Diana, dans certaines conditions – et en premier lieu à condition que ce soit avec son conjoint légitime – la réponse est oui. Voilà qui conforte la réputation de latitudinarisme des casuistes.

« Si deux époux copulent en un lieu sacré où ils sont enfermés, à condition que de soit longtemps c’est-à-dire quatre ou cinq jours, ce n’est pas une circonstance qu’il faille nécessairement révéler en confession. Bien plus, il est probable qu’il faille dire la même chose, même s’ils ne sont pas enfermés pourvu que cela se fasse en cachette (Vasquez et Pontius) ; mais le contraire est plus probable (Tanner). Le coït dans un oratoire privé, aux portes d’une église (du côté de l’extérieur), dans un monastère ou dans une sacristie, n’est pas une circonstance changeant l’espèce de l’acte (Sanchez et autres). »

Antonin Diana, Practicae resolutiones lectissimorum casuum
§. 16 de l’article DEVOIR CONJUGAL
in Anthologie pataphysique de l’Antiquité à nos jours

Évidemment les actes prohibés en dehors de l’église ne le sont pas moins à l’intérieur, mais le fait qu’ils soient accomplis dans une église n’est une circonstance aggravante que dans certaines conditions.

« Les attouchements impudiques accomplis dans une église, mais sans dangers de pollution, n’entrainent pas, eu égard au lieu saint, une malice sacrilège et spéciale, dont il faille s’ouvrir en confession. Car l’église n’est violée que par le sang et la semence (Sanchez et autres). Mais la pollution et la fornication dans une église, mêmes secrètes, contiennent la malice du sacrilège : bien qu’il n’y ait aucun scandale, la sainteté du lieu est violée (Suarez et autres). Mais Vasquez et Pontius  enseignent le contraire avec probabilité. »

§. 12 de l’article LUXURE

Un point qui me surprend (mais peut-être cette impression serait elle corrigée par les articles que l’Anthologie pataphysique ne cite pas) c’est que ne soient pas ici prises en compte les raisons pour lesquelles les actes susmentionnés sont accomplis dans une église. On s’attendrait à ce que les casuistes distinguent les cas dans lesquels la raison est accidentelle (le hasard a fait que c’est dans ce lieu que les amants ont été saisis d’une envie irrépressible, ou encore c’était le seul espace sans témoins à des lieues à la ronde …) des cas où c’est la recherche d’un surcroît d’excitation sexuelle qui a conduit les amants en ces lieux.

J’ai gardé la meilleur pour la fin : les cas où le confesseur devient un protagoniste et le confessionnal le décor des actes de débauche.

« Un confesseur qui connaît charnellement un pénitent n’est pas tenu d’avouer cette circonstance,  car elle n’aggrave le péché que notablement et sans changer son espèce. En effet le sacrement  de pénitence ne produit pas à proprement parler une parenté spirituelle. C’est le contraire s’il a péché avec un pénitent au cours même d’une confession ou à peu de temps de celle-ci, à cause de la profanation du sacrement. »

§. 22 CIRCONSTANCES QU’IL FAUT EXPOSER EN CONFESSION

moine

Comment les casuistes en sont-ils venus à examiner des situations pareilles ? Se sont-ils contentés de compiler des cas réels qui leur avaient été rapportés ou s’attachaient-ils (du moins certains d’entre eux) à anticiper toutes les situations possibles ? Quelle tournure d’esprit faut-il avoir pour parcourir « à froid » la multitude des combinaisons que la fantaisie sexuelle découvre « à chaud ». Peut-être que toutes ce que les écrivains licencieux ont pu imaginer en la matière avait déjà été anticipé les casuistes (je ne suis sûrement pas le premier à établir ce parallèle).

Add. Pour les amateurs, un article (illustré!) sur la littérature érotique anticléricale.

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