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En matière d’articles de blog comme de chanson, jouer la carte de la connivence générationnelle n’est pas la manière de capter l’attention la plus digne d’éloge. Si je m’apprête à œuvrer dans ce registre, je n’ai cependant pas choisi la facilité puisque je vais évoquer un thème qui ne devrait guère susciter de nostalgie, à supposer qu’il ravive les souvenirs de quelques lecteurs.

Ceux qui (quelques années après avoir appris à lire avec Valérie et Daniel) ont étudié l’allemand au lycée au tournant des années 90,  ont peut être eu la chance de disposer de la série de manuels « Ja, aber … » éditée chez Armand Colin.

ja-aberCette photo de la couverture ne permet malheureusement pas de se faire une idée de la convivialité toute Est-allemande qui se dégageait du graphisme des pages intérieures. Je ne sais pas si la réunification a eu des effets sur le design graphique du manuel, mais la couverture de la version « ganz neu » du manuel de 1995 peut le laisser espérer [1]. A l’époque les professeurs d’allemand n’avaient pas encore eu besoin du renfort de Tokio Hotel pour résister à la concurrence de l’espagnolo facilo ; on faisait allemand parce qu’on avait des parents qui voulaient qu’on soit dans une « bonne classe ». Comme on n’était pas la pour s’amuser on pouvait bien se contenter d’illustrations en noir et blanc (quand bien même celles du manuel d’anglais étaient en couleur). Il faut reconnaître que la forme de ce manuel était adéquate à son contenu … déprimant. Pas question de nous faire découvrir les courants culturels du monde germanique, pas de Lumières allemandes, de Sturm und Drang, de romantisme, de Vienne de la Belle-époque ; ce qui dominait c’était les névroses et angoisses allemandes contemporaines. Un jour, un de mes camarades attira mon attention sur un auteur dont le manuel proposait plusieurs textes  : Max von der Grün ; mon ami conclut son propos par cette sentence qui est restée gravée dans ma mémoire : « tous les textes qu’on nous fait étudier en allemand auraient pu être écrit par Max von der Grün ». Si on nous avait demandé de quoi Max von der Grün est-il le nom ? nous aurions répondu sans hésiter : « de l’ennui ».

max-von-der-grunRécemment, j’ai eu l’occasion de jeter un œil sur un de mes vieux manuel et je me suis rendu compte qu’un auteur y était plus présent (4 textes dans le manuel de Seconde) que Max von der Grün, une certaine Barbara Noack dont le nom ne me disait absolument rien.

barbara-noackJ’ai alors cherché à en savoir plus sur ces deux auteurs. Premier constat : les œuvres de nos deux auteurs ne semblent guère avoir été traduites en français [2]. Second point commun, il n’y a pas non plus de page qui leur soit consacré sur le Wikipedia français, Barbara Noack n’a qu’une page en allemand, Max von der Grün est un peu mieux loti mais seule la page en allemand est un tant soit peu développée.

A  l’occasion j’essaierai de savoir qui les a remplacé dans les manuels actuels.Mais en attendant une question me torture, y a-t-il de par le monde des gens à qui on fait apprendre le français avec Henri Troyat ou Gilbert Cesbron ?

[1] On attribuera plus vraisemblablement le changement de graphisme au passage du manuel chez Nathan.

[2] De Max von der Grün, je n’ai trouvé sur Amazon  que Nappe de feu paru en 1996 aux éditions Messidor, de Barbara Noack je n’ai trouvé qu’Un amant pour l’été (France Loisir, 1977).

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