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« L’art de vivre – étant donné que pour vivre, il faut torturer autrui (voir vie sexuelle, voir commerce, voir toutes les activités) – consiste à s’habituer à faire toutes les saloperies sans gâter notre arrangement intérieur. Être capable de n’importe quelle saloperie est le meilleur bagage que puisse avoir un homme. »

Cesare Pavese, Le métier de vivre, 22 juin 1937

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Je suis tenté d’établir un parallèle entre l’idée ici soutenue que vivre c’est faire des saloperies et l’idée d’un péché de vivre développée dans Sünde des Lebens, un poème de Hofmannstahl dont j’ai cité récemment plusieurs extraits. S’il y a une différence de vue entre les deux auteurs, elle tient peut-être à la manière de lier l’inconscience et le mal. Le poème d’Hofmannstahl présente la souffrance infligée à autrui comme l’effet de l’inconscience dans laquelle se déroule spontanément la vie :

Nul ne se doute du crime qu’il commet,
Nul ne devine sa faute ni son devoir !
T’est-il permis de vivre quand chacun de tes pas
Piétine mille vies étrangères?

Le texte de Pavese semble au contraire placer l’inconscience de la saloperie sous le signe de la rouerie en suggérant qu’elle relèverait d’un « art » de ménager son « arrangement intérieur ».

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