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J’ai cité naguère un Sonnet de Pasolini dans lequel est exposée l’idée que la prise de conscience de la possibilité du suicide réanime l’envie de vivre. En me replongeant dans les Récits de la Kolyma je découvre que Chalamov avait soutenu une idée semblable avant d’en discerner les limites :

« Pendant de nombreuses années, j’ai pensé que la mort était une forme de vie et, rassuré par cette fragile philosophie, j’avais inventé une formule active pour défendre mon existence dans cette vallée de larmes.
Je pensais qu’un homme ne pouvait se considérer comme tel que s’il sentait par tout son corps, à tout moment, qu’il était capable de se suicider, d’intervenir dans sa propre vie. Ce savoir donne la volonté de vivre.
Je me mis à l’épreuve, et à maintes reprises : comme je sentais en moi la force de mourir, je continuai de vivre.
Beaucoup plus tard, j’ai compris que je m’étais simplement construit un refuge, que j’avais éludé le problème car, au moment décisif, je n’aurais plus été la même personne. À l’époque, la vie et la mort étaient un jeu de la volonté. Une fois affaibli, je changerais, je me trahirais. Je n’ai plus essayé de réfléchir sur la mort, mais j’ai senti que mes décisions antérieures exigeaient une réponse différente, que les serments de la jeunesse étaient trop naïfs et trop conventionnels. »

Varlam Chalamov, Le vie de l’ingénieur Kipreïev in Récits de la Kolyma

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