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« La culture est ce que la plupart reçoivent, ce que beaucoup transmettent et ce que très peu ont. »

Karl Kraus, Pro domo et mundo
trad. Pierre Dehusses, ed. Rivages

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Que l’on puisse ne pas avoir une culture que l’on a pourtant reçue n’est peut-être pas si difficile à comprendre. Pour « avoir de la culture » il ne faut pas se contenter de « recevoir » ce qu’on nous transmet mais se livrer à une activité d’appropriation et de rumination des œuvres dont il est difficile de fixer le terme.

Il n’est guère plus difficile de concevoir qu’on puisse transmettre ce qu’on a reçu mais qu’on n’a pas fait sien, comme on transmettrait une lettre que l’on a reçue sans l’ouvrir.  On est tenté de déplorer que les transmetteurs ne se soient pas convenablement approprié ce qu’ils transmettent, mais peut être n’est-ce pas une si mauvaise chose si cela permet qu’un plus grand nombre reçoive ( et donc ait la possibilité d’avoir). Reste à savoir si ce gain quantitatif ne se paye pas d’une perte qualitative au cas où la qualité de la transmission serait affectée – ainsi qu’on peut l’imaginer – par le degré d’appropriation auquel est parvenu le transmetteur.

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