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Il m’est arrivé d’avoir à sermonner des élèves qui avaient acheté en ligne le devoir qu’ils m’avaient rendu (Dieu merci, la plupart des tricheurs se contentent de copier-coller des corrigés disponibles gratuitement). Mais dans ces circonstances j’ai au fond moins envie de m’en prendre aux élèves qui achètent ces corrigés qu’aux « collègues » qui en font commerce. Grâce à Léon Battista Alberti, je dispose enfin des mots pour exprimer pleinement cette sainte colère.

« Désormais, toutes les sciences, tous les arts libéraux, formation sacrée des âmes, se sont effondrées en devenant serviles ; le droit, les sciences religieuses, la connaissance de la nature, les principes moraux et les autres domaines remarquables où ne s’exercent que la réflexion d’hommes libres sont vendus à l’encan ! Ah ! Quel crime effroyable ! On voit grouiller de pauvres hères qui mettent les belles-lettres aux enchères, et des hommes, que dis-je ! des bêtes en nombre infini, faites pour des tâches serviles, sortir des campagnes et des bois, de la boue même et de la fange, quitter leur trou et se ruer comme une meute pour vendre et profaner les lettres. Un vrai fléau pour la culture ! Des gens qui auraient dû manier la bêche et le râteau ont l’incroyable audace de toucher aux lettres et aux livres ! […]  Saisis par une soif de monnaie dévorante, ils ont toutes les audaces et tous les emportements. Aussi voit on les belles-lettres, les arts les plus nobles et les disciplines les plus saintes se prostituer et faire commerce de leur dignité. Et toi, ô connaissance des choses divines et humaines qui est née pour être la tutrice des mœurs et de la gloire, l’exploratrice et la mère de tout ce qu’il y a de meilleur au monde ; toi qui t’étais donné pour rôle d’orner l’âme des hommes, d’embellir leur esprit, de conférer la gloire, la grâce et la dignité, de régler l’État et de soumettre l’ensemble de la terre à la loi et à l’ordre souverains, – est-ce donc toi, nourrice des lettres, ô philosophie, qui fournis et t’asservis aux désirs des individus les plus bas et les plus abjects ? »

Léon Battista Alberti, Sur les avantages et les inconvénients des lettres
[De commodis litterarum atque incommodis ],
trad. C. Carraud et R. Lenoir,  J. Millon, 2003, p. 141 – 143

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