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On pourrait croire que l’avantage des amis imaginaires c’est qu’ils sont exempts des défauts et imperfections des amis réels. Il semblerait qu’en fait ce ne soit pas le cas :

« Les amis imaginaires peuvent être amicaux ou […] hostiles. Ils peuvent même être indisponibles. Le petit garçon qui avait peur de Dunzer [1] a grandi, pour devenir lui même père et journaliste au New Yorker. Olivia, sa fille de trois ans élevée dans le Manhattan de l’intelligentsia littéraire, s’est à son tour créé un ami imaginaire. Il s’appelait Charlie Ravioli et il était trop occupé pour jouer avec elle. Elle racontait souvent avec tristesse qu’elle était  tombée sur Charlie dans la rue  mais qu’il était pressé ;  elle laissait alors des messages sur un répondeur imaginaire : « Ravioli, c’est Olivia, rappelle-moi, s’il te plait. »

Alison Gopnik, Le bébé philosophe,
trad. Sarah Gurcel, Poche–Le Pommier, p.70

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Est-ce que parmi les amis imaginaires indisponibles, il ne faudrait pas distinguer deux cas : ceux qui sont « réellement » indisponibles – en raison, par exemple, de leur travail imaginaire – et ceux dont l’indisponibilité est imaginaire-au-carré, c’est-à-dire ceux qui mentent en invoquant une indisponibilité pour cacher le fait qu’ils n’ont juste pas envie de nous voir ? On conviendra qu’avoir un ami imaginaire de ce dernier type prépare avantageusement l’enfant à la vie réelle.

De source bien informée : le scénariste d’Inception avait, quand il était enfant, un ami imaginaire qui lui-même avait un  ami imaginaire qui …

[1] Duntzer était l’ami imaginaire de l’auteure quand elle était enfant, le « petit garçon » est le frère de l’auteure.

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