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Ça me plaît que vous n’ayez pas le mal de moi
Et ça me plaît que je n’aie pas le mal de vous,
Que la lourde boule terrestre n’aille pas
S’enfuir sous nos pieds tout à coup.
Ça me plaît de pouvoir être amusante —
Dévergondée — sans jeux de mots ni leurre —
Et de ne pas rougir sous la vague étouffante
Quand nos manches soudainement s’effleurent.

Ça me plaît aussi que vous enlaciez
Calmement devant moi une autre femme,
Et que, pour l’absence de mes baisers,
Vous ne me vouiez pas à l’enfer et aux flammes.
Que jamais sur vos lèvres, mon très doux,
Jour et nuit mon doux nom — en vain — ne retentisse…
Que jamais l’on n’aille entonner pour nous :
Alléluia ! dans le silence d’une église.

Merci, de tout mon cœur et de ma main,
Pour m’aimer tellement — sans le savoir vous-même !
Pour mon repos nocturne et pour, de loin en loin,
Nos rencontres qu’un crépuscule enchaîne,
Pour nos non-promenades sous la lune parfois,
Pour le soleil qui luit — pas au-dessus de nous.
Merci de n’avoir pas — hélas — le mal de moi,
Merci de n’avoir pas — hélas — le mal de vous.

3 mai 1915

Marina Tsvetaieva,
Insomnie et autres poèmes,
ed. Zeno Bianu, Gallimard Poésie

L’éditeur précise en note que ce poème s’adresse à M.A. Mintz qui épousa par la suite la sœur de l’auteure et il indique que ce poème a été mis en chanson sur une musique de Mikael Tariverdiev. Il existe une multitude d’interprétations  de cette chanson disponibles en ligne ; je vous en propose  deux  (pour les amateurs, il existe une version par Patricia Kaas !).

Мне нравится, что Вы больны не мной,
Мне нравится, что я больна не Вами,
Что никогда тяжелый шар земной
Не уплывет под нашими ногами.
Мне нравится, что можно быть смешной
Распущенной-и не играть словами,
И не краснеть удушливой волной,
Слегка соприкоснувшись рукавами.

Мне нравится еще, что Вы при мне
Спокойно обнимаете другую,
Не прочите мне в адовом огне
Гореть за то, что я не Вас целую.
Что имя нежное мое, мой нежный, не
Упоминаете ни днем ни ночью — всуе…
Что никогда в церковной тишине
Не пропоют над нами: аллилуйя!

Спасибо Вам и сердцем и рукой
За то, что Вы меня — не зная сами! —
Так любите: за мой ночной покой,
За редкость встреч закатными часами,
За наши не-гулянья под луной,
За солнце не у нас на головами,
За то, что Вы больны — увы! — не мной,
За то, что я больна — увы! — не Вами.

3 мая 1915

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