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Qui n’a pas entendu ce lieu commun : « en France, on n’aime pas ceux qui réussissent ». J’ai tendance à penser que cette phrase est de celles qui nous en disent beaucoup plus sur ceux qui l’énoncent que sur leur objet. En l’occurrence, on peut s’attendre à ce que celui qui nous sert ce lieu-commun estime avoir réussi (à moins que ce ne soit qu’un aspirant winner) mais ne pas recevoir la reconnaissance qu’il mérite (l’existence d’autres critères de réussite que les siens lui échapperait-elle?). J’ai parlé ailleurs de cette attitude paradoxale consistant à conspuer les envieux quand on tient tant à faire envie ; je ne m’étendrais pas davantage sur cet aspect du sujet.

Ce qui qui est sous-entendu par cette formulation « en France , … », c’est qu’ailleurs  – entendez, le plus souvent, dans le monde anglo-saxon – les winners reçoivent leur juste mesure d’admiration de la part des médiocres. A défaut de pouvoir s’appuyer sur quelque étude sociologique ou anthropologique que ce soit, ceux qui relaient ce lieu commun érigent en fait significatif de la « culture française » la préférence du public pour Poulidor au détriment d’Anquetil. Puisque l’ « argumentation » se situe ainsi sur le terrain sportif, je vous suggère, la prochaine fois que l’on vous assène ce cliché, de renvoyer votre interlocuteur vers cet article qui évoque un sondage réalisé en Angleterre pour établir un classement des clubs de football les plus détestés. On découvre que les 5 clubs les plus détestés sont ceux qui dominent le championnat d’Angleterre depuis plusieurs années ( l’article précise d’ailleurs que ces dernières années c’est Manchester United qui tenait la tête de ce classement). Certes le club le moins détesté cette année (est-ce la même chose que le plus aimé ?) est Leicester qui vient de gagner le championnat, mais l’attrait de cette réussite tient à son caractère inattendu au regard des précédentes saisons et au fait qu’elle a été obtenue en faisant la nique aux clubs habituellement dominants.

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