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« Que serait Saint-Tropez sans la foule de curieux issus des campings avoisinants qui vient admirer les bateaux des riches vacanciers ? On a l’image du zoo en tête, mais qui sont les singes et qui sont les visiteurs ? À la place de la grille, une simple passerelle qu’aucune personne non autorisée ne franchira jamais. La clôture est bien là, invisible. Que pensent réellement ces personnes bien habillées et bronzées sirotant leur cham­pagne sous l’œil des badauds en shorts et casquettes ? Chacun se réjouit de voir l’autre et de ne surtout pas appartenir à son monde, dans une grande complicité. L’un achète les revues dans lesquelles l’autre s’exhibe. Saint-Tropez demeure l’archétype de ce mélange de l’univers du show-biz, des grands patrons et du tourisme populaire qui se croisent et se regardent sans jamais se rencontrer. Saint-Tropez est un mélange inimitable d’espaces publics destinés à se montrer, d’espaces ouverts avec ses multiples campings et d’espaces tota­lement fermés composés de villas de rêve inaccessibles. « En effet ne pas se montrer à Saint-Tropez dans l’un des lieux les plus médiatisés de la planète est le comble du snobisme, le point ultime de l’aboutissement d’un processus […] qui repose sur un certain nombre de logiques spatiales ».

La possession d’une maison isolée avec vue sur la mer, perdue dans la nature au sein d’un endroit hyper­-fréquenté signe une certaine appartenance sociale. Est-ce pour la mer ou l’idée que l’on se fait de la mer ? Ces merveilleuses bâtisses possèdent toutes une piscine et personne n’en sort jamais, sauf pour se montrer juste­ment. Alors pourquoi pas la Creuse? Parce que, au milieu de la Creuse, aucun badaud ne pourra attester qu’on est bien là, il n’y aura pas ces subtils jeux de regards. »

Elisabeth Pélegrin-Genel, Des souris dans un labyrinthe –
Décrypter les ruses et manipulations de nos espaces quotidiens,
Les empêcheurs de penser en rond, p. 156 – 157

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