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« Aristote ou Hegel sont difficiles et souvent obscurs. Ils ne sont pas hermétiques. Difficulté et obscurité résultent chez un grand penseur de ce que la pensée lutte avec la chose, le langage et elle-même pour parvenir à l’expression. L’hermétisme, par contre, est la pénible et laborieuse trituration de l’expression pour que celle-ci acquière la simple apparence de la profondeur. C’est l’imposture et le camouflage du vide. Aucun grand penseur n’a jamais été hermétique : il a beaucoup trop à faire pour perdre son temps à ces dérisoires enfantillages. Dans les « formules » de Lacan, une fois qu’on est en possession du truc, on ne trouve que des tautologies ou des secrets de Polichinelle. Par exemple : « le signifiant est ce qui représente le sujet pour un autre signifiant », ou « l’émetteur reçoit en retour du récepteur son propre message sous forme inversée », etc. — Évidemment, une autre fonction de l’hermétisme est de couper court, d’avance, à toute demande d’ « explications », « hâtives » ou non, en faisant croire au demandeur éventuel qu’il est simplement débile. »

Cornélius Castoriadis, La psychanalyse, projet et élucidation
in Les Carrefours du labyrinthe 1

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