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En dépit de son titre putassier, cet article ne parlera que de philosophie morale.

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Je souhaite revenir sur le problème que j’évoquais hier  : le fait qu’il peut-être justifiable d’un point de vue utilitariste (du moins de l’utilitarisme de l’acte)  de louer des actes qui sont mauvais du point de vue utilitariste. En effet il n’est pas inconcevable qu’en disant du bien d’un acte qui n’a pas contribué positivement au plus grand bonheur du plus grand nombre, on contribue au plus grand bonheur du plus grand nombre. Cela, bien sûr, suppose des circonstances particulières, à propos desquelles J. C. C. Smart fait une observation que je trouve intéressante :

What I have said in the last paragraph about the occasional utility of praising harmful actions applies, I think, even when the utilitarian is speaking to other utilitarians. It applies even more when, as is more usually the case, the utilitarian is speaking to a predominantly non-utilitarian audience.

J.J.C. Smart, An outline of a system of utilitarian ethics, chap. VII
in Utilitarianism for and against

L’hypocrisie utilitariste se justifiera ainsi de la confrontation à un contexte social imperméable à l’utilitarisme :

« in an ordinary society […] many people can be got to adopt a utilitarian, or almost utilitarian, way of thought , but many cannot. We may consider whether it may not be better  to throw our weight on the side of the prevailing traditional morality, rather than on the side of triying to improve  it with the risk of weakening respect for morality altogether. […] In general, we may note, it is always dangerous to influence a person contrary to his conviction of what is right. More harm may be done in weakening his regard for duty than would be saved by  preventing the particular action in question. »

SMART

John Jamieson Carswell Smart

La difficulté tient à ce que l’utilitarisme peut justifier les comportements les plus opposés selon les conséquences prévisibles en fonction du contexte. Le diagnostic à ce sujet est donc déterminant.  On peut concevoir tout aussi bien un utilitariste passant sa vie à simuler l’adhésion à la morale courante de crainte que sa remise en question nuise au bien-être général, qu’un utilitariste provocateur assumant les effets néfastes de l’ébranlement de la morale courante au nom des effets bénéfiques à long terme d’un changement des mentalités. Certes, la question de savoir si les mentalités non-utilitaristes sont mûres pour le changement est une question empirique. Mais il est vraisemblable que, lorsque la question pratique « simuler ou non? » se pose aux utilitaristes, ils la tranchent en vertu d’un pari plutôt que d’une véritable connaissance de la réponse à la question « les autres seront-ils à la hauteur de la vérité? ».

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