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« Si tu découvres un défaut en ton frère, il te faut savoir qu’en toimême ce défaut existe. Le sage est semblable à un miroir : tu vois en lui ta propre image, car « le croyant est le miroir du croyant ». Écarte ce défaut qui te blesse : en réalité c’est par toi-même que tu es meurtri.

Mawlânâ dit : « On amena un éléphant au bord d’une rivière pour l’abreuver. Il se vit dans l’eau et s’effaroucha. Il croyait que c’était un autre éléphant qui l’effrayait et ignorait qu’il s’effarouchait lui-même. Tous les défauts, comme la tyrannie, la haine, l’envie, la cupidité, l’absence de pitié, l’orgueil, quand ils existent en toi ne te blessent pas, mais quand tu les aperçois chez autrui, tu t’effarouches et tu en es blessé.

Quand un homme a la gale ou un furoncle, il ne se dégoûte pas de lui-même; il met sa main infectée dans le plat et il lèche ses doigts sans répugnance. Mais s’il voit un petit furoncle ou une petite plaie sur la main d’un autre, il ne peut manger ni digérer son plat. Ainsi en est-il des défauts moraux. Quand on les a en soi, on ne s’en offense pas; à peine les aperçoit-on chez autrui, on s’en offusque et les déteste. Excuse celui qui s’offusque, qui est choqué par toi, comme tu peux l’être toi-même par lui. Ta peine est son excuse, car la peine t’envahit en le voyant; ne voit-il pas ce que tu vois ? Il est dit : « le croyant est le miroir du croyant », et non pas : « un incroyant est le miroir d’un incroyant. » Non pas que l’incroyant ne dispose pas de miroir, mais il ignore l’existence de son propre miroir. »

Djalâl-ud-Dîn Rûmî, Le livre du dedans
trad. Eva de Vitray-Meyerovitch, Babel, p. 48

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