Étiquettes

,

– J’ai un dilemme moral original à te proposer ?
– Je t’écoute.
– Alors voilà, un résistant vient frapper à ta porte pour chercher refuge chez toi, est-ce que tu as le droit de …
– … de mentir à ses poursuivants, afin de le protéger ? C’est ça que tu appelles un dilemme moral original ? Tu n’as jamais entendu parler de la controverse entre Kant et Constant.
– Si tu me laissais finir … Ce n’est le pas dilemme à propos du droit de mentir par humanité que je veux te soumettre. Non, ma question c’est : « a-t-on le droit de profiter de la situation pour faire une bonne blague ? »
– Quelle bonne blague ?
– Hé bien répondre au gars qui te demande l’asile « C’est pas de chance pour vous, je suis le chef local de la milice… »
– C’est encore moins réaliste que le dilemme du trolley, ton truc. Je doute que qui que ce soit (hormis un gars qui serait vraiment de la milice!) ait la tête à ce genre de blague dans une circonstance pareille.
– Sur ce point, j’ai bien peur que tu te trompes.
– Qu’importe ! Ton dilemme n’est, de toutes façons, pas très intéressant.
– Et pourquoi ça ?
– Hé bien, ce qui fait la force du dilemme rendu célèbre par Kant et Constant, c’est que plane sur la situation le spectre d’un conflit de devoir : interdiction général de mentir contre devoir de sauver un innocent. Dans ta version du dilemme, je ne vois pas bien où est le conflit de devoirs. Si tu as un doute sur le droit de faire ta blague, tu n’as qu’à y renoncer, ça n’a pas de raison de tourmenter ta conscience.
– C’est que tu ne crois pas au devoir de faire les bonnes plaisanteries dont l’occasion nous est donnée.
– En effet ! Mais personne n’y croit. Ceux qui sont prêts à perdre vingt amis pour un bon mot, ce n’est pas le sens du devoir qui les anime, ils sont justes incapables de résister à une impulsion. Sur quoi, d’ailleurs, pourrait bien se fonder un devoir de saisir les occasions de plaisanterie ?
– Peut-être sur l’obligation d’honorer le Tout Puissant s’il est aussi le Blagueur Suprême.

Publicités