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Les merveilleuses statistiques de Big Brother WordPress concernant les visites sur ce blog et les requêtes qui y ont mené me laissent penser qu’un collègue (au Gabon semble-t-il) a donné à ses élèves le sujet suivant : Doit-on philosopher par soi-même ou par délégation ? Ce qui suscite des visites à cet article.

Chers visiteurs, j’espère vous avoir été utile. Pour alimenter votre réflexion ou celle des camarades qui viendraient à vous imiter, je livre à votre méditation cet extrait des Confessions de Rousseau :

  « Je commençais par quelque livre de philosophie, comme la Logique de Port-Royal, l’Essai de Locke, Malebranche, Leibnitz, Descartes, etc. Je m’aperçus bientôt que tous ces Auteurs étaient entr’eux en contradiction presque perpétuelle et je formai le chimérique projet de les accorder, qui me fatigua beaucoup et me fit perdre bien du temps. Je me brouillais la tête et je n’avançais point. Enfin renonçant encore à cette méthode j’en pris une infiniment meilleure et à laquelle j’attribue tout le progrès que je puis avoir fait, malgré mon défaut de capacité; car il est certain que j’en eus toujours fort peu pour l’étude. En lisant chaque Auteur je me fis une loi d’adopter et suivre toutes ses idées sans y mêler les miennes ni celles d’un autre et sans jamais disputer avec lui. Je me dis, commençons par me faire un magasin d’idées vraies ou fausses, mais nettes, en attendant que ma tête en soit assez fournie pour pouvoir les comparer et choisir. Cette méthode n’est pas sans inconvénients, je le sais, mais elle m’a réussi dans l’objet de m’instruire. Au bout de quelques années passées à ne penser exactement que d’après autrui, sans réfléchir, pour ainsi dire et presque sans raisonner, je me suis trouvé un assez grand fonds d’acquis pour me suffire à moi-même et penser sans le secours d’autrui. Alors quand les voyages et les affaires m’ont ôté les moyens de consulter les livres, je me suis amusé à repasser et comparer ce que j’avais lu, à peser chaque chose à la balance de la raison et à juger quelquefois mes maîtres. Pour avoir commencé tard à mettre en exercice ma faculté judiciaire, je n’ai pas trouvé qu’elle eût perdu sa vigueur, et quand j’ai publié mes propres idées, on ne m’a pas accusé d’être un disciple servile et de jurer in verba magistri. »

Jean-Jacques Rousseau, Confessions, Livre sixième

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