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Si les cadeaux de Noël peuvent être l’occasion de dilemmes moraux, il n’en va pas de même, semble-t-il, des vœux du Nouvel An, ou même des vœux en général. Cela est particulièrement net si on adopte une perspective conséquentialiste (c’est-à-dire une perspective qui attribue une valeur morale aux actions en fonction de leurs conséquences).  En effet, à moins d’adhérer à la pensée magique et de croire que souhaiter à X que p influe sur la probabilité que p soit le cas, le seul effet prévisible des vœux est l’effet psychologique sur la personne à qui on les adresse (et éventuellement sur les tiers qui en ont connaissance). Par ailleurs, les vœux ne coûtant rien, adresser ses vœux à quelqu’un ne semble priver personne d’autre d’un bien. Ainsi, hormis le cas où l’on souhaite à autrui de « crever dans d’atroces souffrances », ce qui peut lui occasionner un malaise (mais ce qui est plutôt rare au Nouvel An), les vœux ne poseraient donc pas de question morale. Bien sûr, on peut adopter d’autres perspectives morales que le conséquentialisme, examinons si, sous l’une d’elle, les vœux ne pourraient pas apparaître moralement problématiques.

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Qu’est ce qui pourrait rendre un vœu moralement discutable ? J’envisagerai deux cas qui peuvent poser problème, mais je me limiterai au premier pour aujourd’hui.

1. Est-il moralement acceptable de souhaiter à X que p, si l’on sait que p ne peut se produire qu’au prix d’une injustice. Par exemple est-il éthique de souhaiter à un candidat de réussir le concours qu’il passe, si, connaissant son niveau, on sait que ce n’est possible qu’au prix d’une erreur du jury et au détriment d’un meilleur candidat ? Si l’on répond négativement, on pourra soutenir que le seul vœu éthique face à des situations de compétition équitable est « que le meilleur gagne ». Bien sûr, ceux qui émettent ce dernier vœu ne sont pas nécessairement guidés par des considérations morales (« je veux par dessus tout la justice ») ils peuvent simplement chercher à ne se fâcher avec aucun des compétiteurs, chacun espérant être le meilleur.

Il me semble que, dans ce type de cas, c’est moins l’expression du vœu adressée à une personne qui pose problème, que le souhait que le vœu exprime (mais qui pourrait rester inexprimé).

On pourrait penser que des conceptions éthiques qui déterminent la valeur morale d’une action par son intention et non ses conséquences  devraient attribuer une valeur morale aux vœux et aux souhaits, puisque dans les deux cas on désire que quelque chose de bon ou de mauvais arrive. A moins qu’on réponde qu’il y a une différence significative entre l’intention d’une action et un souhait car dans le deuxième cas on ne cherche pas à produire l’effet mauvais. On pourrait encore complexifier l’analyse, en distinguant le cas où on souhaite que x arrive (par exemple la mort de quelqu’un) sans souhaiter qu’il soit en notre pouvoir de faire arriver x et les cas ou nous formulons aussi ce deuxième souhait (auquel cas nous nous rapprochons d’une intention qui n’aurait pas encore trouver les moyens de se réaliser).

Admettons que l’homme vertueux ne saurait souhaiter que se produisent des événements qui ne sont possibles qu’au prix d’une injustice ; on pourrait pousser encore plus loin l’exigence morale en matière de vœu et soutenir que le seul vœu que l’homme vertueux puisse adresser aux autres, c’est de se montrer eux mêmes vertueux :

« Pour cette nouvelle année, j’espère que tu prendras de bonnes résolutions, et que tu parviendras à les tenir. »

ou encore

« Au cas où tu viendrais à tomber malade je te souhaite de faire preuve de la constance du sage. »

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