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« Quand je m’adresse à vous, je nous inclus tous les deux dans la classe des êtres doués d’esprit. Ce point de départ nécessaire crée, ou légitime, un groupe d’appartenance, une classe de caractères privilégiés se distinguant de tout ce qui existe d’autre dans l’univers. Ce fait est presque trop évident pour qu’on prenne la peine de le noter, il va de soi pour notre pensée et notre discours. Je dois pourtant en dire quelques mots. Quand il y a un nous, vous n’êtes pas seul ; le solipsisme est récusé, quelqu’un d’autre est présent. Cela apparaît très clairement quand on examine certaines variantes surprenantes :

« Nous avons quitté Houston à l’aube, et nous avons filé sur la route — moi et mon camion. »

Étrange formule. Si ce type estime que son camion est un compagnon d’une telle valeur qu’il peut le placer sous la protection d’un « nous », c’est qu’il doit se sentir bien seul. Ou bien il faut supposer que ce camion accomplit des tâches qui susciteraient l’envie de tous les roboticiens de par le monde. Par contre, l’expression suivante : « nous — moi et mon chien » ne nous surprend pas du tout. Mais dites maintenant : « nous — moi et mon huître », il y a peu de chance pour qu’on vous prenne au sérieux. Ce qui veut dire que nous sommes à peu près certains que les chiens ont un esprit, mais que nous doutons sérieusement que ce soit le cas des huîtres. »

Daniel Dennett, La diversité des esprits, Hachette p. 16 – 17
trad. Alexandre Abensour

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Je m’étonne des lacunes de l’éducation de  Daniel Dennett (à moins que ce ne soit de celles de son traducteur). En effet, chacun sait qu’on ne  doit pas dire « moi et mon huître », mais « mon huître et moi ».