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Au détour de la lecture de la Philosophie pratique de la drogue, je retrouve le thème de la tentation et le dilemme que j’avais évoqué cet été : s’exposer à la tentation pour faire l’épreuve de sa force morale ou fuir la tentation pour s’assurer de ne pas chuter.

La première option du dilemme peut être illustrée par ce témoignage rapporté par Patrick Pharo :

(Christian T)  – Je n’ai pas arrêté du jour au lendemain sous méthadone. J’ai eu des rechutes. J’ai d’ailleurs essayé d’expliquer ça au médecin. Il fallait que je me confronte encore une fois au produit … Une fois que j’avais pris la décision d’arrêter c’était trop facile de me dire « j’arrête » parce que je n’avais plus d’opportunité de me procurer ce produit … Je me disais : « Après tout, tu te fais des idées, tu n’as pas arrêté de ton plein gré, tu as arrêté parce que tu as eu peur des flics, que ton gamin se retrouve à la DDASS, qu’on arrête sa mère, tout ça c’est des prétextes. » Je voulais être sûr d’être assez fort en étant confronté au produit et me dire : « J’arrête », même si j’aime ça.  C’est ce qui a été le cas. C’est pour ça que ce produit, je ne le diabolise pas. J’ai eu cette petite fierté de faire ce contact avec le produit. C’était un combat entre lui et moi, mais il n’a pas eu le dessus.

p. 303 – 304

Dans le propos de Christian T on retrouve deux éléments caractéristiques de la position des partisans de l’exposition à la tentation, précédemment rencontrés dans le contexte religieux.

1 – l’idée que ne pas (re)chuter n’a de valeur que si c’est l’effet de l’exercice de la force d’âme et non l’effet de facteurs extérieurs contingents ( ne pas être confronté à la tentation, ne pas avoir le « produit » à disposition).

2- la dédiabolisation de ce qui peut nous faire chuter, quand on l’envisage en tant qu’occasion de faire l’épreuve de notre propre force.

Dans la Philosophie pratique de la drogue, on trouve bien sûr des représentants du point de vue opposé à celui de Christian T ; on peut notamment mentionner l’association Narcotiques Anonymes. Il y a deux éléments dans ce qu’en dit Patrick Pharo (du moins ce que je crois en avoir compris) qui m’intéressent ici : d’une part NA  prône une stricte abstinence, d’autre part le parcours qu’elle propose inclut une étape de reconnaissance de sa propre faiblesse  : on ne se sauve pas seul, une référence est faite à une puissance supérieure :

« Le programme des douze étapes n’est pas toujours aussi religieux qu’il l’a été chez ses fondateurs ou qu’il le paraît à ses critiques, mais il entretient toujours un certain rapport à la transcendance (la « puissance supérieure ») susceptible de donner du sens au retour dans l’immanence, si difficile à supporter dans la vie sans drogue.

p. 272