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Sì, Mio Signore, ciò  che ho più desiderato
è sempre stata la solitudine :
ebbene, direte, eccoti accontentato.
Ma non bastano né intelligenza né studi

(che voi mi attribuite come a un gran scienziato)
per pervedere che se una gioia inutile
un giorno come stella o astro chiomato
appare, e poi, invece che tornare ai nudi

lidi dell’ignoto, si fissa
nella vita (che comunque si sfalda)
non resta che il terrore del suo eclisse.

Voi apparso, avete la santamente ribalda
idea di potervene andare. Chi otto anni fa visse
desiderando la solitudine, ora si aggrappa alla vostra falda.

*

Oui, Mon Seigneur, ce que j’ai le plus désiré
A toujours été la solitude;
Eh bien, direz-vous, te voici satisfait.
Mais ni l’intelligence ni l’étude ne suffisent

(Que vous m’attribuez comme à un grand savant)
Pour prévoir que, si une joie inutile
Un jour comme une étoile ou une comète
Apparaît et ensuite, au lieu de revenir sur les rivages

Nus de l’inconnu, se fixe
Dans la vie (qui de toute façon se délite)
Il ne reste que la terreur de son éclipse.

Vous, apparu, vous avez l’idée sacrément
Scélérate de vous en aller. Qui il y a huit ans a vécu
En désirant la solitude, s’agrippe maintenant à vos basques.

Pier Paolo Pasolini, Sonnets, [9]
trad. René de Ceccaty

*

Pasolini n’aurait peut-être pas écrit que « ni l’intelligence ni l’étude ne suffisent […] pour prévoir que, si une joie inutile un jour comme une étoile ou une comète apparaît et ensuite, au lieu de revenir sur les rivages nus de l’inconnu, se fixe dans la vie […] il ne reste que la terreur de son éclipse », s’il avait connu ce texte de Simone Weil qui l’aurait prévenu assez précisément de ce qui l’attendait :

« La préférence personnelle à l’égard d’un être humain déterminé peut être de deux natures. Ou l’on cherche en l’autre un certain bien, ou on a besoin de lui. D’une manière générale, tous les attachements possibles se répartissent entre ces deux espèces. On se porte vers quelque chose, ou parce qu’on y cherche un bien, ou parce qu’on ne peut pas s’en passer. Quelquefois les deux mobiles coïncident. Mais souvent non. Par eux-mêmes ils sont distincts et tout à fait indépendants. On mange de la nourriture répugnante, si on n’en a pas d’autre, parce qu’on ne peut pas faire autrement. Un homme modérément gourmand recherche les bonnes choses, mais s’en passe facilement. Si on manque d’air, on étouffe ; on se débat pour en trouver, non parce qu’on en attend un bien, mais parce qu’on en a besoin. On va respirer le souffle de la mer, sans être poussé par aucune nécessité, parce que cela plaît. Souvent le cours du temps fait automatiquement succéder le second mobile au premier. C’est une des grandes douleurs humaines. Un homme fume l’opium pour avoir accès à un état spécial qu’il croit supérieur ; souvent, par la suite, l’opium le met dans un état pénible et qu’il sent dégradant ; mais il ne peut plus s’en passer. […]

La cause la plus fréquente de la nécessité dans les liens d’affection, c’est une certaine combinaison de sympathie et d’habitude. Comme dans le cas de l’avarice ou de l’intoxication, ce qui d’abord était recherche d’un bien est transformé en besoin par le simple cours du temps. Mais la différence avec l’avarice, l’intoxication et tous les vices, c’est que dans les liens d’affection les deux mobiles, recherche d’un bien et besoin, peuvent très bien coexister. Ils peu-vent aussi être séparés. Quand l’attachement d’un être humain à un autre est constitué par le besoin seul, c’est une chose atroce. Peu de choses au monde peuvent atteindre ce degré de laideur et d’horreur. Il y a toujours quelque chose d’horrible dans toutes les circonstances où un être humain cherche le bien et trouve seulement la nécessité. Les contes où un être aimé apparaît soudain avec une tête de mort en sont la meilleure image. L’âme humaine possède, il est vrai, tout un arsenal de mensonges pour se protéger contre cette laideur et se fabriquer en imagination de faux biens là où il y a seulement nécessité. C’est par là même que la laideur est un mal, parce qu’elle contraint au mensonge. D’une manière tout à fait générale, il y a malheur toutes les fois que la nécessité, sous n’importe quelle forme, se fait sentir si durement que la dureté dépasse la capacité de mensonge de celui qui subit le choc. C’est pourquoi les êtres les plus purs sont les plus exposés au malheur. Pour celui qui est capable d’empêcher la réaction automatique de protection qui tend à augmenter dans l’âme la capacité de mensonge, le malheur n’est pas un mal, bien qu’il soit toujours une blessure et en un sens une dégradation. »

Simone Weil, L’attente de Dieu,
Formes implicites de l’amour de Dieu, Amitié

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