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« Quand il s’agit de soi-même, et même de sa famille, il est plus ou moins admis qu’il ne faut pas trop se vanter soi-même, qu’il faut se défier de ses jugements lorsqu’on est à la fois juge et partie, qu’il faut se demander si les autres n’ont pas au moins partiellement raison contre soi-même, qu’il ne faut pas trop se mettre en avant, qu’il ne faut pas penser uniquement à soi-même ; bref qu’il faut mettre des bornes à l’égoïsme et à l’orgueil. Mais en matière d’égoïsme national, d’orgueil national, non seulement il y a une licence illimitée, mais le plus haut degré possible est imposé par quelque chose qui ressemble à une obligation. Les égards envers autrui, l’aveu des torts propres, la modestie, la limitation volontaire des désirs, deviennent dans ce domaine des crimes, des sacrilèges. Parmi plusieurs paroles sublimes que le Livre des Morts égyptien met dans la bouche du juste après la mort, la plus touchante peut-être est celle-ci : « Je ne me suis jamais rendu sourd à des paroles justes et vraies. » Mais sur le plan international, chacun regarde comme un devoir sacré de se rendre sourd à des paroles justes et vraies, si elles sont contraires à l’intérêt de la France. Ou bien admet-on que des paroles contraires à l’intérêt de la France ne peuvent jamais être justes et vraies ? Cela reviendrait exactement au même. Il y a des fautes de goût que la bonne éducation, à défaut de la morale, empêche de commettre dans la vie privée, et qui semblent absolument naturelles sur le plan national. Même les plus odieuses des dames patronnesses hésiteraient à rassembler leurs protégés pour leur exposer dans un discours la grandeur des bienfaits accordés et de la reconnaissance due en échange. Mais un gouverneur français d’Indochine n’hésite pas, au nom de la France, à tenir ce langage, même immédiatement après les actes de répression les plus atroces ou les famines les plus scandaleuses ; et il attend, il impose des réponses qui lui fassent écho. »

Simone Weil (philosophe droit-de-lhommiste-bobo-bien-pensante)
L’enracinement

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J’ai repensé à ce texte en parcourant les commentaires d’articles de journaux en ligne à propos des réfugiés, en particulier en lisant ce commentaire d’un dénommé Socratte qui me semble remporter la palme de la bassesse.

« et si au lieu de migrer ils faisaient comme les européens?
moi quant j’ai un problème dans ma maison, je ne vais pas habiter chez mon voisin, je répare ma maison, si j’ai une fuite je ne hurle pas « au secour! », non je bouche la fuite, si un de mes mur menace de tomber je ne vais pas piquer celui du voisin, non je me prend en main et je refais un mur, si un squatter vient tenter de loger chez moi je le vire moi même sans appeler pierre, paul ou jacques. »

Il est difficile de résister à la tentation de souhaiter que ce connard soit un jour contraint de mettre ses actes en conformité avec ses paroles. Nul doute qu’il arrêterait Daech avec ses petits bras musclés.