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Qual è l’idea felice che mi risveglia?
Questa, si sa, è l’estate più calda
che si ricordi : il sonno è un piacevole dormiveglia
specialmente se al paziente accade

Di sognare di smettere di cavalcare in stella
a cavalli maschi, e saltare nella groppa sudata
di cavalle che solo sherzando mordono la briglia –
L’idea che mi ha svegliato, miracolosa come la rugiada,

è quella di come e dove potrei uccidermi :
esattamente, mio Signore, a une albero del giardino,
qui davanti, dietro la serranda : quiungo quasi a ridere

della simplicità della trovata ; penso perfino
di procurarmi subito una corda, da custidore, fida
e rassicurante, qui, dentro questo cassetino.

corde

Quelle est l’heureuse idée qui me réveille?
Cet été, on le sait, est le plus chaud que l’on ait
En mémoire : le sommeil est une agréable somnolence
Surtout quand il arrive au malade

De rêver de cesser de monter en selle
Des étalons, et de sauter sur la croupe en sueur
De juments qui ne mordent le mors que par plaisanterie –
L’idée qui m’a réveillé, miraculeuse comme la rosée,

Est de savoir comment et où je pourrais me tuer :
Exactement, mon Seigneur, en me pendant à un arbre du jardin
Là-devant, derrière le rideau de fer : j’en viens presque à rire

De la simplicité de la trouvaille : je pense même
Me procurer tout de suite une corde que je conserverais, fidèle
Et rassurante ici, dans ce petit tiroir.

Pier Paolo Pasolini, Sonnets
trad. René de Ceccatty, Gallimard

*

Il peut paraître étrange que la pensée de la possibilité du suicide – idée « heureuse », « miraculeuse » – mette ainsi en joie au point d’en conjurer l’envie de mourir. Si c’est « tout de suite » qu’il faut se procurer la corde, ce n’est pas pour en faire immédiatement usage – l’usage est repoussé aux calendes – mais parce que sa possession est « rassurante » …  Cette idée que la possibilité de quitter la vie aide à l’affronter se trouve déjà exprimée par Epictète :

«Chose essentielle, songe que la porte est ouverte. Ne sois pas plus lâche que les enfants: quand la chose ne leur plaît pas, ils disent “je ne jouerai plus”; toi aussi, quand tu crois être en semblable situation, dis “je ne jouerai plus” et va-t-en; mais si tu restes, ne gémis pas»

Entretiens (I, ii, 25)

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