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Da bravo eroe io risi delle cose umane
che chiamavo a ragione, del resto,
borghesi : una fedeltà coniugale
era il colmo di quel mio giusto disprezzo.

Adesso che non posso trattenervi dall’andare
dove volete, sento con terore che niente ha benedetto
la nostra unione o ci ha fatto giurare
qualche patto reciproco. In nome dell’affetto

non si può pretendere niente :
e pretendere qualcosa è la sola cosa che resta
a chi è abbandaonato, anche se ciò è meschino.

Son ridotto a invidiare in un modo struggente
i legami la cui realtà si manifesta,
anche se non ha più senso, con uno stupido anellino.

[62]

È ciò che benedice un affetto
che lo rende umano e che lo fa riconoscere :
il nostro non ce lo siamo mai detto
perché non ha un nome. Così l’angoscia

della sua fine, ha senso solo per me stesso.

 *

[61]

En brave héros, j’ai ris des choses humaines
Que j’appelais avec raison, du reste,
Bourgeoises : une fidélité conjugale
Était le comble de mon juste mépris.

Maintenant que je ne puis vous empêcher d’aller
Où vous voulez, je sens avec terreur que rien n’a béni
Notre union ni ne nous a fait jurer
Quelque pacte réciproque. Au nom de l’affection

On ne peut prétendre à rien :
Et prétendre à quelque chose est la seule chose qui reste
Pour qui est abandonné, même si c’est misérable.

J’en suis réduit à envier, de manière déchirante,
Les liens dont la réalité se manifeste,
Même si elle n’a plus de sens, par une stupide petite bague

[62]

C’est ce qui bénit un lien affectif
Qui le rend humain et qui lui concède une reconnaissance :
Le nôtre nous ne nous le sommes jamais dit
Parce qu’il n’a pas de nom. Ainsi l’angoisse

De sa fin n’a de sens que pour moi même.

Pier Paolo Pasolini, Sonnets
trad. René de Ceccatty, Gallimard

*

Quoique ces poèmes se suffisent à eux-mêmes, il n’est pas inintéressant de connaître le contexte dans lequel ils ont été écrits. Dans la postface qu’il rédige pour sa traduction de ce recueil René de Ceccaty nous apprend que ces poèmes ont été rédigés alors que Pasolini tournait les Contes de Canterbury fin 1971. L’arrière plan biographique de l’ensemble du recueil, c’est la rupture de Pasolini avec Ninetto Davoli qu’il avait rencontré en 1962 sur le tournage de La ricotta. De Ceccaty précise  : « Ils seront dès lors, pendant neuf ans, très proches, sans toutefois vivre comme un couple exclusif et fusionnel ».

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