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« Interpréter une phrase : voilà tout ce qu’il nous reste de l’interrogation des oracles. Comme cela ne se fait pas dans un contexte d’angoisse, il ne nous est même pas resté ça. »

Elias Canetti, Notes de Hampstead, p. 78

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Je suis porté à reconnaître que ce que dit Canetti dans la première phrase s’applique assez bien à mon propre rapport à ses aphorismes, mais je ne le suivrai pas aussi facilement sur la deuxième phrase. Je pense comprendre ce que Canetti  veut dire quand il présente comme une perte le fait que l’interprétation ne soit plus pratiquée dans l’angoisse : il regrette qu’une activité impliquant le sérieux d’un engagement existentiel soit transformée en jeu intellectuel gratuit (ou pire, en moyen de faire une carrière universitaire). Canetti, à la manière des existentialistes, lierait ici angoisse et authenticité.  Mais, à ce point de vue, on peut objecter qu’il faut appliquer à l’interprétation des fulgurances aphoristiques ce que Spinoza disait de l’interprétation des signes du destin :

« Si les hommes avaient le pouvoir d’organiser les circonstances de leur vie au gré de leurs intentions, ou si le hasard leur était toujours favorable, ils ne seraient pas en proie à la superstition. Mais on les voit souvent acculés à une situation si difficile, qu’ils ne savent plus quelle résolution prendre ; en outre, comme leur désir immodéré des faveurs capricieuses du sort les ballotte misérablement entre l’espoir et la crainte, ils sont en général très enclins à la crédulité.

Spinoza, Traité théologico-politique

Ainsi,  ne plus opérer dans un contexte d’angoisse serait la condition pour libérer l’herméneutique de ses penchants les plus superstitieux.

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