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Sur le site Le cinéma politique, j’ai relevé cet extrait d’une critique du film Dear White people (que je n’ai pas vu) :

« Le son par exemple, géré par Katryn Bostic (blanche) est une sorte de soupe agaçante de musique classique répétitive et très guindée. Visiblement, le but était de nous mettre dans une ambiance feutrée et estudiantine, et là encore on regrette ce choix blanchisant de musique classique européenne. A croire que les artistes noir·e·s n’étaient pas suffisamment sophistiqué·e·s pour être sélectionné·e·s dans la bande originale. Le seul moment où l’on entend une musique pouvant être considérée comme noire est la scène de la fête. C’est à dire que la culture noire, est présente uniquement quand réappropriée par les dominants blancs, et moquée par ces derniers. C’est une fois de plus, un constat dommageable. »

Je trouve ce genre de critique particulièrement contestable sur deux points.

D’une part la remarque « A croire que les artistes noir·e·s n’étaient pas suffisamment sophistiqué·e·s pour être sélectionné·e·s dans la bande originale » me paraît complètement gratuite, non seulement parce que le réalisateur qui a fait ce choix est noir, mais encore  parce qu’il me semble que s’il y a un domaine où les artistes noirs sont reconnus c’est bien la musique.

D’autre part une expression comme « choix blanchisant de la musique classique européenne » me paraît particulièrement malencontreuse. C’est quoi de la « musique blanche » c’est quoi de la « musique noire » ? un style musical créé par des blancs ou des noirs? ou majoritairement composée, interprétée, écoutée par des blancs ou des noirs? Le jazz est-il encore de la musique « considérée comme noire » ou a-t-il déjà été trop approprié les « dominants blancs »? Jusqu’où faut-il que les japonais poussent l’appropriation de la musique classique d’origine européenne pour qu’elle cesse d’être une « musique considérée comme blanche »? Si on appliquait à cet article le genre de procédé intellectuel dont le site auquel il appartient est coutumier dans ses critiques, on pourrait l’accuser de renforcer un stéréotype raciste : la musique classique est forcément guindée, mais la musique des Noirs elle ne l’est pas puisqu’il est « bien connu » qu’ils ont le rythme dans la peau … L’auteur est interpellé sur ce point dans les commentaires, je ne trouve pas ses réponses convaincantes. Mais admettons que sa critique soit juste ; pourquoi ce qui vaut pour la musique ne vaudrait-il pas pour la langue. Le français n’est il pas une langue blanche ? certes des personnes noires la parlent, mais n’est-ce pas largement un effet de domination coloniale? Dès lors n’est il pas problématique que cet article qui se veut antiraciste soit écrit en français langue du dominant blanc, n’aurait-il pas mieux valu l’écrire dans une langue « considérée comme noire »?

On l’aura compris, je trouve que l’antiracisme à plus à perdre qu’à gagner à cette manière d’assumer la racialisation des productions culturelles. Sur le thème de l’appropriation culturelle, que j’avais déjà abordé ici, il faut cependant encore que je mette mes idées au clair.

Pour une analyse du type de critique pratiquée par le site Le cinéma est politique, je ne peux que recommander les articles du très recommandable blog Analyse – Synthèse.

Pour finir, un peu de musique guindée.

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