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« Degrés de désespoir : se souvenir de rien, de certaines choses, de tout. »

Elias Canetti, Le collier de mouche, p. 78

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Je présume qu’il faut comprendre qu’il s’agit pour Canetti de degrés croissants de désespoir. Il est tentant d’objecter que la perspective de tout oublier paraît plus terrifiante que celle de se souvenir de tout. Si c’est la mémoire qui constitue l’identité personnelle, ne se souvenir de rien ce serait s’être complètement perdu. A quoi l’on peut répondre peut-être que pour souffrir de la perte encore faut il se rendre compte qu’on a perdu quelque chose. Ainsi celui qui ne se souviendrait réellement plus de rien ne se souviendrait pas non plus qu’il a su ce qu’il a oublié et ne pourrait désespérer de cette perte faute de pouvoir s’en rendre compte.