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« Nous vivons presque toujours à l’extérieur de nous, et la vie elle-même est une dispersion perpétuelle. Et pourtant nous tendons vers nous-mêmes comme vers un centre autour duquel nous décrivons, telles les planètes, des ellipses absurdes et lointaines. »

Fernando Pessoa, Le livre de l’intranquillité, [217], p.232

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Je trouve cette métaphore orbitale intéressante parce qu’elle peut être lue en deux sens opposés. Pessoa lui fait exprimer d’abord la fatalité de l’aliénation, l’impossibilité de la coïncidence avec soi ; mais elle peut aussi exprimer l’impossibilité de s’échapper complètement à soi-même pour se perdre dans une fusion mystique avec le « grand-tout ». Comme souvent, la question se pose de savoir jusqu’où on peut filer la métaphore. Nous pouvons savoir de quelles conditions il dépend que le satellite, s’écrase sur l’astre, tourne indéfiniment autour de lui ou échappe à son attraction.  En est-il de même de l’autre côté de la comparaison? Peut-on dire à quelles conditions la coïncidence avec soi ou l’échappement à soi seraient possibles ? A moins qu’il ne faille prendre le problème en sens inverse : se demander non pas quelles sont les forces qui rendent impossible la coïncidence avec soi ou de l’échappement à soi, mais plutôt quels sont les mécanismes qui produisent le mirage de ces deux possibilités.

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