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nativite-giotto

A ceux à qui les crèches donnent de l’urticaire, voire des ulcères, je recommande, pour soulager leur irritation, de lire ce texte dont l’auteur n’était pas spécialement un calotin.

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« La nuit de Noël nous invite à surmonter quelque chose ; car sans aucun doute cette fête n’est pas une fête de résignation; toutes ces lumières dans l’arbre vert sont un défi à la nuit qui règne sur la terre ; et l’enfant en son berceau représente notre espoir tout neuf. Le destin est vaincu ; et le destin est comme une nuit sur nos pensées ; car il ne se peut point que l’on pense sous l’idée que tout est réglé, et même nos pensées ; il vaut mieux alors ne penser à rien et jouer aux cartes.

L’ordre politique ancien effaçait le temps ; l’enfant imitait les gestes du père ; prêtre ou potier, il était d’avance ce qu’il serait, il le savait et il ne savait rien d’autre ; l’hérédité fut sa loi politique avant d’entrée dans nos pensées. […]

la grande nuit de Noël nous invite au contraire à adorer l’enfance ; l’enfance en elle et l’enfance en nous. Niant toute souillure, et toute empreinte, et tout destin en ce corps neuf ; ce qui est le faire dieu par dessus les dieux. Que cela ne soit pas facile à croire, je le veux ; si l’enfant croit seulement le contraire, il donnera des preuves du contraire, il se marquera d’hérédité comme d’un tatouage. C’est pourquoi il faut résolument essayer l’autre idée,  ce qui est l’adorer. […] La nouvelle foi commande de vouloir et donc d’espérer car l’un ne va pas sans l’autre. Ces siècles de vieillesse ont justement vieilli sans jamais renoncer  à s’accuser eux-mêmes dans le mythe de Noël. Le beau parle mieux que le vrai ; et le trésor des Mages se dépense à condamner les Mages ; ce qui marque la fin du monde antique. L’enfant n’a rien ; l’enfant suffit. Puisque le beau signifie quelque chose, tel est le sens de cette belle image, les rois Mages chargés de signes adorant l’enfant nu. »

Alain, Propos, 20 décembre 1922

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