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Todas as cartas de amor são
Ridículas.
Não seriam cartas de amor se não fossem
Ridículas.

Também escrevi em meu tempo cartas de amor,
Como as outras,
Ridículas.

As cartas de amor, se há amor,
Têm de ser
Ridículas.

Mas, afinal,
Só as criaturas que nunca escreveram
Cartas de amor
É que são
Ridículas.

Quem me dera no tempo em que escrevia
Sem dar por isso
Cartas de amor
Ridículas.

A verdade é que hoje
As minhas memórias
Dessas cartas de amor
É que são
Ridículas.

(Todas as palavras esdrúxulas,
Como os sentimentos esdrúxulos
São naturalmente
Ridículas.)

Álvaro de Campos
21-10-1935

*

Toutes les lettres d’amour sont
ridicules.
Elles ne seraient pas des lettres d’amour si elles n’étaient pas
Ridicules.

Moi aussi en mon temps j’ai écrit des lettres d’amour,
Comme les autres,
Ridicules.

Les lettres d’amour, si amour il y a,
Sont fatalement
Ridicules.

Mais, tout bien compté,
Il n’y a guère que ceux qui jamais
N’ont écrit de lettres d’amour
Qui sont
Ridicules.

Ah, retrouver le temps où j’écrivais
A mon insu
Des lettres d’amour
Ridicules …

La vérité c’est qu’aujourd’hui
Ce sont mes souvenirs
De ces lettres d’amour
Qui sont
Ridicules.

(Tous les mots accentués,
Comme les sentiments accentués
Sont naturellement
Ridicules.)

On trouve encore bien d’autres vidéos consacrés à ce poème de Pessoa, et certaines d’entre elles sont ridicules.

Quant au fait de consacrer, après beaucoup d’autres, un article de blog à ce poème c’est probablement ridicule.

*

On dispose des lettres d’amour que Pessoa a écrites à Ophélia Queiroz. Certaines d’entre elles sont publiées dans l’excellent Pessoa en personne publié par José Blanco. Pour donner un aperçu de l’idylle je me contenterai de citer ce dernier (p. 227):

« Elle avait dix-neufs ans quand elle fit la connaissance de Pessoa, dans les bureaux d’une maison de commerce de Lisbonne où il était traducteur et rédacteur de la correspondance étrangère, et elle dactylographe et traductrice. Elle avait treize ans de moins que lui. Leur idylle se déroula à l’insu des familles, dans le cadre strict des mœurs bourgeoises de l’époque : lettres, petits billets, petits cadeaux, brèves rencontres et promenades dans les rues de Lisbonne, parcours en tramway entre la maison et le bureau, apparitions de Fernando-Roméo à l’heure convenue sous la fenêtre d’Ophélia-Juliette. La première phase du roman dura de fin novembre 1919 jusqu’au début décembre 1920. Neuf ans plus tard, il y en eut une seconde tout à fait inattendue. »

OphéliaQueiroz

Le recueil Pessoa en personne contient notamment une lettre de Pessoa à Ophélia Queiroz du 1er mars 1920 qui mérite d’autant plus d’être citée en regard du poème ci-dessus, que le thème du ridicule y est évoqué.

Petite Ophélia

Pour me manifester votre mépris, ou tout au moins votre royale indifférence, il était inutile d’utiliser le masque transparent d’un long discours, ni toute la série de « raisons », aussi peu sincères que convaincantes, que m’avez écrites. Il suffisait de me le dire. Ainsi, je comprends aussi bien, mais cela me fait plus mal.

Comment vous en voudrais-je de préférer ce garçon qui vous fait la cour et qui naturellement vous plaît beaucoup? Vous pouvez préférer qui vous voulez, ma petite Ophélia : vous n’êtes pas tenue – je pense – de m’aimer, et il n’est pas vraiment nécessaire (à moins que vous ne vouliez vous amuser) de feindre de m’aimer.

Quant on aime vraiment, on n’écrit pas des lettres qui ressemblent à des plaidoiries d’avocat. l’amour n’étudie pas tant les choses, et ne traite pas les autres comme des accusés qu’il faut « coincer ».

Pourquoi n’êtes vous pas franche avec moi? Quel intérêt avez-vous à faire souffrir qui ne vous a rien fait – ni à vous, ni à personne -, quelqu’un à qui pèse déjà assez la peine d’une vie esseulée et triste, sans qu’on vienne lui donner de fausses espérances, en le comblant de feints témoignages d’affection – et dans quel intérêt, même de divertissement, ou pour quel satisfaction même de tourner en ridicule?

Je reconnais que tout cela est drôle, et que dans tout cela le plus drôle c’est encore moi.

Moi-même, j’en goûterais l’humour, si je ne vous aimais pas tant, et si j’avais le temps de penser à autre chose qu’à la souffrance que vous prenez plaisir à m’infliger, sans que je l’ai méritée autrement qu’en vous aimant, et je ne crois pas que vous aimer soit une raison suffisante pour mériter cela. Enfin …

Voilà le « document écrit »[1] que vous me demandez. Vous pouvez faire légaliser ma signature chez le notaire Eugénio Silva.

[1] Cela fait référence à la demande d’une déclaration d’amour en bonne et due forme.

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