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Dans le désert de ma vie sociale, j’ai enfin découvert une oasis : depuis quelques mois une foule de personnes m’écrivent pour me proposer de faire mon bonheur : Melissa, Maïtena, Léna et Angelo peuvent me révéler mon avenir, Céline, Floriane et Emilie me suggèrent des investissements défiscalisés, Floriane (encore elle) me donne des conseils pour maigrir, quant à Laetitia et Annalove elles ont très envie de moi et me proposent de me montrer leurs photos osées. Merci les amis (ce sont surtout des amies d’ailleurs!), je n’avais jamais espéré faire l’objet de tant d’attention.

Je doute que le procédé consistant à indiquer un prénom comme expéditeur des courriels non sollicités ait une grande efficacité, mais comme il ne coute rien, je suppose, il suffit d’un infime accroissement de la probabilité d’ouverture du spam pour qu’il représente un avantage adaptatif dans la grande lutte des nuisances pour la survie. Malheureusement qui dit struggle for life dit aussi course aux armements[1] : après le nom de l’expéditeur, c’est l’intitulé de l’objet du courriel qui est devenu trompeur pour réduire la probabilité que le message soit envoyé à la corbeille sans avoir été ouvert. Je ne suis pas le meilleur cobaye pour tester l’efficacité de ce procédé, car je ne connais pas de Nicolas susceptible de m’adresser un <tr : coucou>, ni de Mélanie pouvant m’interpeler d’un < Salut, Comment ça va?>, quant à l’échange prolongé avec Emilie qui m’envoie un <Re:Re:Re : REPONSE>, je n’ai aucun souvenir d’y avoir participé. Peut-être le fait d’avoir une riche vie sociale et relationnelle accroît-il le risque de tomber dans le piège. Pour être honnête, je dois reconnaître que je me suis fais avoir une fois lorsque j’ai cru que mon frère m’adressait des remerciements. Ceci dit, peut-être que la nuisance du procédé réside plutôt dans le risque inverse : j’ai failli bazarder sans l’ouvrir le courrier d’un personne que je connaissais vraiment en croyant que c’était un spam. Récemment ma soif de savoir m’a fait ouvrir un des messages de ces mystérieux amis et cliquer sur le lien qu’il recelait, je me suis retrouvé sur une de ces saloperies de sites qui vous proposent de gagner de l’argent sur internet  et dont l’onglet se rouvre à mesure que vous le fermez.

Chers Thomas, Justine, Marine et tous les autres, n’ayant jamais répondu à vos courriers, je vais vous répondre ici : notre amitié dut-elle en souffrir, je vous souhaite une agonie longue et douloureuse.

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[1] Si vous voulez anticiper les prochains stades de cette course aux armements, consultez XKCD.