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Après l’article d’hier, j’ai été pris de l’irrésistible envie de rafraichir mes souvenirs au sujet des pasteurs et de la dissidence en RDA. Je voulais en particulier retrouver le nom de ce jeune (dans mon souvenir) pasteur qui accueillait des rassemblement mi-veillées de prière mi-manifestations dans son église dans les mois qui ont précédé la chute du mur. Recherche faite, c’est à la Nikolaikirche de Leipzig que se déroulaient les « prières du lundi », elles étaient organisées par les pasteurs Christian Führer et Christoph Wonneberger. Détail étonnant, Wonneberger fut frappé par un accident vasculaire cérébral qui le priva de la parole en plein milieu des événements qui devaient conduire à la chute du mur.

Christian Führer_1

Christian Führer

Ce que j’ignorais aussi, c’est que dès 1980 Führer avait organisé des prières pour la paix qui étaient devenues les « prières du lundi » en 1982. En fait c’est sur le thème de la paix que les églises protestantes avaient commencé à critiquer le régime en faisant valoir la contradiction entre son discours officiel pour la paix et sa pratique militariste. Cela se traduisit dès les années 60 par la revendication d’un statut d’objecteur de conscience (source). Où l’on voit que la fameuse formule de Mitterrand dans son discours du Bundestag : « Les missiles sont à l’Est, les pacifistes sont à l’Ouest » n’était pas vraiment exacte. Il est vrai cependant que les pacifistes n’avaient pas le même poids politique dans la sogenannte DDR qu’à l’ouest.

DDR - Friedensgebet in Nikolaikirche

Nikolaikirche 9 octobre 1989 (Photo: Waltraud Grubitzsch)

En 2004 le pasteur Führer a réactivé les  Montagsdemonstrationen pour protester contre les réformes Harz IV. Il est décédé au début de cet été (information qui m’avait complètement échappé, je l’avoue).

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Le poème de Kunze que j’ai cité hier évoquait l’asile accordé par le pasteur W (j’ignore si son anonymat a été levé depuis) à des personnes en délicatesse avec le régime de la RDA, on sera peut-être surpris d’apprendre que l’ancien dirigeant  est-allemand Erich Honecker bénéficia lui aussi d’un tel asile.  Contraint à la démission le 18 octobre 1989, il est visé par une procédure judiciaire pour trahison dès décembre 1989.  Entre janvier et avril 1990 il est accueilli avec sa femme Margot chez le pasteur Uwe Holmer. D’après ce que j’ai cru comprendre, l’action du pasteur était guidée par l’idée que le pardon doit primer sur la vengeance. Bien sûr, la question est de savoir quelle place il pouvait y avoir entre ces deux possibilités pour la justice, à l’époque. L’année suivante Honecker se réfugie à l’ambassade du Chili. L’article qui lui est consacré sur Wikipedia note plaisamment qu’il fut le dernier allemand de l’est à se réfugier dans une ambassade étrangère !

Le couple Honecker en compagnie du pasteur Homer

Le couple Honecker en compagnie du pasteur Holmer (source)

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Je terminerai cet article consacré aux hommes de Dieu  face à la fin de la RDA en évoquant un engagement d’un genre quelque peu différent. Il s’agit de celui du prêtre ouvrier Désiré Marle, militant communiste du Pas de Calais. En 1992 il crée un Comité Honecker de solidarité internationaliste (dont fut membre notamment Henri Alleg l’auteur de La question qui dénonça la torture pendant la guerre d’Algérie) et lance une pétition pour dénoncer – je cite – « l’infâme incarcération de Honecker ».  Celle-ci ne dura en fait que quelques mois. Libéré en janvier 1993, Honecker s’envola pour le Chili où il mourut l’année suivante sans avoir eu à répondre de ses actes (ce qui lui fait un point commun avec Pinochet que le père Marle et ses camarades semblent assez peu soucieux de souligner). Quelques temps plus tard le Comité Honecker  fut rebaptisé Comité international de solidarité de classe (CISC) dont Désiré Marle est semble-t-il resté président jusqu’à sa mort en août 2013. A lire les textes du dit comité, il semble que la prise de conscience dont pourrait témoigner son changement de nom soit des plus limitées. Le désir incontestable de justice peut malheureusement aller de paire avec l’aveuglement quand la certitude d’être dans le bon camp paralyse la capacité d’autocritique.

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