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« Être un aigle ou une chenille, dans le monde intellectuel, me paraît à peu près égal. L’essentiel est d’y avoir une place marquée, un rang assigné et d’y appartenir distinctement à une espèce régulière et innocente. Il n’y a que les livres sacrés qui obtiennent un empire absolu et durable.  Tous les autres ne font qu’occuper plus ou moins sérieusement les moments perdus de quelques fainéants : ils ne font d’autre bien aux hommes que de les habituer à des plaisirs qui ne viennent ni de la chair ni de l’argent. Rendre les hommes spirituels ou leur faire goûter les choses de l’esprit me paraît le seul fruit que leur nature ait attaché à nos productions littéraires. Quand elles ont d’autres effets, c’est par hasard et c’est tant pis. Les livres qui s’emparent tellement de notre esprit qu’ils dégoutent de tous les autres sont pernicieux.  Ils n’introduisent dans la société que des singularités et des sectes. Ils y introduisent une plus grande variété de poids, de règles, de mesures. Ils y troublent la morale et la politique. Il faut laisser régner les bibles et n’aspirer qu’à plaire  et non à dominer. Mais il faut aspirer à plaire à la meilleure partie de l’âme. Et à cet égard un petit talent, s’il se tient dans ses bornes et s’il remplit se tasche, peut atteindre le but comme un plus grand. »

Joseph Joubert, 4 mai 1803, Carnets I, p. 530

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