Étiquettes

, ,

« Il avait écrit à quelqu’un de lui trouver une maisonnette : comme ce dernier tardait à le faire , Diogène établit sa demeure dans un tonneau près du Métrôon, comme lui-même le raconte clairement dans ses lettres. L’été il s’y roulait dans le sable brûlant, tandis que l’hiver, il embrassait les statues couvertes de neige, tirant ainsi parti de tout pour s’endurcir. […]

Voyant un jour un petit garçon boire dans ses mains, il [Diogène le cynique] jeta son gobelet en dehors de sa besace en s’écriant : »Un gamin m’a dépassé en frugalité! » Il se débarrassa aussi de son écuelle quand il vit pareillement un enfant qui avait cassé son plat prendre ses lentilles dans le creux d’un morceau de pain. »

Diogène Laërce,
Vies doctrines et sentences des philosophes illustres, VI, 23 et37

Diogene

*

« En Chine vivait un homme du nom de Kyo-yû (Hiou-yeou). Il n’avait rien qui lui appartînt, et comme il puisait l’eau à la main pour boire, quelqu’un, l’ayant aperçu, lui fit tenir une gourde. Mais un jour qu’il l’avait pendue à une branche et qu’elle bruissait au souffle du vent, importuné il la jeta. Et il recommença de boire au creux de sa main. Au fond de ce cœur, quelle fraicheur.

Son Shin (Souen-Tchen), aux mois de l’hiver, n’avait point de couvertures mais seulement une botte de paille, sur laquelle il couchait la nuit et qu’il rangeait le matin venu »  

Urabe Kenkô, Les heures oisives, XVIII

Xuyou-and-Chaofu*

Le traducteur des Heures oisives précise en note que Kyo-yû et Son Shin sont des personnages mentionnés dans la Vie des sages de Hi K’ang  (ou Xi Kang ou Ji Kang ou plus simplement 嵇康) un poète et musicien chinois du IIIe siècle de notre ère, membre du groupe des Sept sages de la forêt de bambous (ce nom est une formidable invitation à la rêverie).

*

Ajout le 19/07/14

Je n’ai pas (encore) trouvé trace d’une Vie des sages de Xi Kang au cours de mes pérégrinations à la recherche d’informations sur Xu You (Kyo-yû). Les éléments de récit à propos de Xu You rapportés par Xi Kang pour lesquels j’ai trouvé des sources sont des citations que lui attribue le Yiwen Leiju (une encyclopédie postérieure de  300 ans).

En revanche une édition en anglais des Heures oisives donne une autre source aux connaissances de Kenkô à propos des ermites chinois : le Meng Ch’iu de Li Han (époque Tang) via la traduction japonaise de Minamoto Mitsuyuki dans le Môkyû Waka.

*

Ajout le 13/07/14 : deux liens vers des sites intéressants, découverts lors de recherches complémentaires.

Un article sur l’estime d’Urabe Kenkô pour les ermites.

Un site japonais (et donc en japonais) consacré aux Heures oisives. Il va m’être difficile de résister à la tentation de citer le texte japonais par pur snobisme, comme ces intellectuels dont parle Desproges, pour lesquels une langue vulgaire c’est une langue qu’on comprend (cf. Manuel de savoir-vire à l’usage des rustres et des malpolis).