Étiquettes

,

Bart Ehrman consacre quelques pages de ses Christianismes disparus à l’Epître de Barnabé, un texte qui ne fut pas intégré au Nouveau Testament bien qu’il ait été attribué (vraisemblablement à tort) à l’apôtre Barnabé. Ce texte appartient au courant des premiers temps du christianisme qu’Ehrman qualifie de proto-orthodoxe. Ehrman le cite pour illustrer la problématique de la captation d’héritage à laquelle les chrétiens proto-orthodoxes cherchent à se livrer envers les juifs : comment se réclamer des Ecritures du judaïsme sans rester dans le giron du judaïsme (à la différence du courant chrétien Ebionite), comment déposséder les juifs de leurs écritures saintes ?

« Barnabé est particulièrement résolu à montrer que les juifs ont tort de prendre au sens littéral les lois alimentaires de l’Ancien Testament. Dieu ne voulait pas dire que son peuple ne devait pas manger du porc, du lapin ou de la hyène, toutes nourritures interdites par la Torah. L’injonction de ne pas manger de porc signifie, en réalité, de ne pas vivre comme des pourceaux qui grognent bruyamment lorsqu’ils ont faim mais gardent le silence quand ils sont rassasiés. Les gens ne doivent pas traiter Dieu de cette manière, venant à lui avec de grandes requêtes quand ils sont dans le besoin, et l’ignorant lorsqu’il ne le sont plus (10, 3). Ne pas manger de lapin signifie ne pas vivre comme ces animaux dont l’appétit sexuel croît sans cesse et – ce que nous précise Barnabé dans un très étrange passage – qui chaque année se voient pourvus d’un nouvel orifice, leur permettant de se propager au hasard et de commettre, l’inceste (10,6).  De même ne pas manger de la hyène signifie ne pas vivre licencieusement, comme cet animal aux mœurs dissolues qui change de sexe chaque année, devenant tour à tour mâle et femelle (10, 7). Plus particulière encore est l’interdiction de manger de la belette. Barnabé indique (sans doute sur la foi, comme en d’autres exemples, de preuves avancées par le bestiaire antique) que la belette conçoit par la bouche ; il émet ce commandement donc, pour interdire le sexe oral. Ne faites pas, dit-il, « comme ceux qui sont réputés accomplir  une action immorale dans leur bouche parce qu’ils sont impurs, et n’enlacez pas des femmes qui accomplissent l’action immorale dans leur bouche » (10, 9) »    

Bart Ehrman, Les christianismes disparus, p. 232

En note Ehrman apporte une précision amusante : le commandement de ne pas manger de belette n’existe pas dans les Ecritures, et il commente : « ce qui provoque le soupçon qu’il y a plus qu’un peu de voyeurisme chez Barnabé.

Pour les amateurs, des traductions anglaises de l’Épître de Barnabé sont disponibles en ligne.