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« Kant paraît s’être fait à lui-même un langage pénible. Et comme il lui à été pénible à construire, il est pénible à entendre. Ce qui a fait souvent sans doute qu’il a pris son opération pour sa matière. Il a cru se construire des idées en ne se construisant que des mots. Mais il y a dans ses phrases et ses appréhensions quelque chose de tellement opaque (et brun) qu’il ne lui était guère possible de ne pas croire qu’il y avait là quelque solidité. C’est le danger où fait naturellement tomber l’esprit de celui qui l’emploie un style [   ] et lourd. Nos transparences et nos légèretés nous trompent moins. Il y a un sujet à traiter. Le voici : « Des tromperies que l’esprit se fait à lui-même selon la nature du langage qu’il emploie. » Celui de Kant (langage) est composé de mots abstraits très positifs (c’est-à-dire d’ombres épaisses). Et ces mots il les a souvent faits lui-même. A reçu d’eux, par conséquent, toutes les impressions que nous font les réalités. »

Joseph Joubert, août 1801, Carnets I, p. 420

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