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soren et regine

Søren Kierkegaard et Regine Olsen. Il rompit leurs fiançailles mais ne s’en remit jamais.

« … Dissiper la méprise en expliquant à l’aimée qu’elle n’était qu’une forme visible, alors que sa pensée, à lui et son âme cherchaient autre chose, qu’il reportait sur elle, c’eut été l’offenser profondément au point de révolter sa fierté. Ce procédé lui inspirait le plus profond mépris. En quoi il avait bien raison. S’il est méprisable de tromper une jeune fille en la séduisant, il est encore plus méprisable de l’abandonner, sans devenir un coquin, mais en se ménageant une retraite plus brillante : on lui servira, en guise d’explication, qu’elle a été l’idéal, en guise de consolation, qu’elle a été la Muse. Pareille manière de faire est bonne pour qui a quelque pratique dans l’art d’embobiner une jeune fille. Au temps de la détresse, elle accepte tout ce qu’on lui suggère. On s’en tire bien. On reste honnête homme, aimable même. Mais, par la suite, la jeune fille se sent, au fond, offensée plus profondément que celle qui se sait trompée. C’est pourquoi, dans tout relation d’amour qui, quoique commencée, n’arrive pas à se réaliser, la délicatesse devient l’outrage suprême. Celui qui a un coup d’œil érotique et n’est pas un lâche, voit sans peine que le seul et unique moyen qui lui reste alors, pour respecter une jeune fille, consiste à être indélicat. »

Søren Kierkegaard, La reprise
trad. Nelly Viallaneix GF, p.78 -79

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 Certes, il faudrait faire la part de ce qui est daté dans ce texte : sûrement présuppose-t-il des jeunes filles et des relations hommes – femmes historiquement déterminées. Mais ce qui m’intéresse ici, c’est seulement l’idée que dans certaines situations la délicatesse peut-être outrageante et la goujaterie une forme supérieure de délicatesse.

Avant de ratiociner sur le sujet, j’aimerai trouver d’autres exemples sur lesquels m’appuyer. Je peux du moins en mentionner un qui ne fera peut-être pas le poids face à Kierkegaard en terme de subtilité … mais qui a l’avantage d’être de mon niveau. Il s’agit d’un épisode de la série Magnum, intitulé Letter to a duchess. Quittons donc les brumes scandinaves pour le soleil d’Hawaï.

Au cas, très improbable, ou un visiteur de ce blog serait pris de l’irrésistible envie de visionner l’ensemble de l’épisode sur la base de ma seule recommandation, je vais m’abstenir de spoiler. Pour les autres j’indiquerai seulement que c’est à la fin de l’épisode (41′) que Magnum se conduit comme un goujat par délicatesse, mais pour comprendre la situation (et les explications finales) il vaut mieux avoir vu la séquence qui commence vers 24’30 ». Cette séquence contient déjà une marque de délicatesse (sans goujaterie celle-ci) de la part d’Higgins, à laquelle celle de Magnum, à la fin de l’épisode, constitue une réponse.

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