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65. Demanarem al amich qual cosa era benança. Respòs que malanança sostenguda per amor.

65. On demanda à l’Ami ce que c’est que le bonheur. Il répondit que c’est un malheur supporté par amour.

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237. Demanarem al amich qui era son amat. Respòs que ço qui.l fahia amar, desirar, languir, suspirar, plorar, scarnir, murir.

237. On demanda à l’Ami qui était son Aimé. Il répondit que c’était celui qui fait aimer, désirer, languir, soupirer, pleurer, mourir, et fait de son Ami un objet de dérision.

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Ces deux poèmes sont, à mes yeux, les deux plus puissants du recueil. Je suis particulièrement frappé par cette idée que l’amour de Dieu selon Lulle, à la différence de l’amour intellectuel de Dieu selon Spinoza, n’est pas moins source de tourments que l’amour humain. Ce qui m’intéresse en même temps c’est la glorification des languissements de la passion qui nous conduit « à voir en elle – pour reprendre une formule de Denis de Rougemont – une promesse d’une vie plus vivante, une puissance qui transfigure,  quelque chose qui serait au delà du bonheur et de la souffrance, une béatitude ardente ».