Étiquettes

,

Mon unique lectrice se souvient Les lecteurs fidèles et attentifs se souviennent de Sakura Sakura la chanson traditionnelle japonaise en hommage aux cerisiers en fleur. Ils n’ont pas non plus oublié que  le goût des japonais pour les arbres en fleur est d’importation chinoise et qu’originellement les japonais, comme les chinois admiraient par dessus tout le prunier Ume avant de se démarquer de leurs voisins continentaux en donnant la préférence au cerisier Sakura. J’imagine que la question qui brûle les lèvres de chacun est « y a-t-il une mélodie chinoise en hommage au prunier qui soit l’équivalent de Sakura, sakura la mélodie japonaise en hommage au cerisier? ». Et bien, chers lecteurs la réponse est oui.

meihua

Laissez-moi vous présenter Mei hua san nong (梅花三弄 : vous reconnaissez évidemment les idéogrammes qui constituent le titre – snob à souhait – de l’article) que vous trouverez plus facilement sous le titre traduit en anglais « three variations on plum blossom« . Meihua signifie la fleur de prunier, en revanche, si j’ai bien compris ce que j’ai lu sur le sujet, la traduction de Sannong par « trois variations » serait plus discutable car cela voudrait plutôt dire « jouer trois fois la même chose ». Cette mélodie est réputée remonter au IVe siècle à l’époque de la dynastie des Jin orientaux, la légende raconte qu’elle aurait été créée par le général et musicien Huan Yi qui l’aurait interprété à la flûte Dizi (la flûte traversière en bambou). Un article très détaillé que je recommande à ceux qui commencent déjà à se passionner pour le sujet, conteste cette version légendaire. Toujours est-il que la mélodie a été conservée jusqu’à nos jours et a connu diverses transpositions. Si elle a continué à être interprétée à la flûte elle fait aussi partie du répertoire du guqin (aussi appelé simplement qin) un instrument à corde dont Wikipedia vous parlera mieux que moi. Mais trêve de préambule, place à la musique.

*

Une version interprétée à la flûte xiao

Une version pour xiao et guqin

Une version pour guqin

*

Étant complètement incompétent pour tout ce qui relève de la musicologie, je me contenterai de renvoyer ceux que cet aspect intéresse à l’article précédemment mentionné, ainsi qu’à celui-ci. Je me bornerai à vous reporter les éléments que j’ai trouvés qui font le lien avec la valeur attribuée aux fleurs de prunier.

« Meihua Sannong is composed mainly of a number of different melodies, each of which consists of a string of connected musical phrases. Contrasting tempos and the restraining influence of synchronism serve to produce effects of scattering and tightening, which represent plum blossom’s pure and noble peacefulness and fearlessness to the severe cold. This melody expresses the loneliness and extraordinary self-admiration of ancient Chinese scholars. » Source

« Les fleurs de prunier a un caractère noble : elles fleurissent et diffusent leur arôme dans le grand froid. Elles ont été donc depuis toujours les préférées des hommes de lettres. […] « San nong » signifie trois répétitions avec la même mélodie. Cette répétition est une métaphore du caractère des fleurs de prunier : indomptables, elles fleurissent dans le vent froid l’une après l’autre et elles grimpent toujours vers le haut. » Source

*

Alors que Sakura sakura a déjà son article Wikipedia en anglais et en français, il n’y a encore rien de tel pour Mei hua san nong. C’est sûrement une injustice … d’un autre côté le second a encore été épargné par la récupération publicitaire occidentale ce qui compense largement.

Publicités