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« Porter en soi et avec soi cette indulgence et cette attention qui fait fleurir les pensées d’autrui. »

Joseph Joubert, 26 novembre 1808, Carnets II p. 284

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Bien que cette recommandation ne soit jamais qu’une variation sur le principe général : « fais aux autres ce que tu aimes qu’ils te fassent », elle ne sonne pas – du moins à mes oreilles – comme une platitude. Bien sûr, nous constatons que certaines personnes nous mettent à l’aise dans la discussion, voire nous inspirent quand nous pensons à elles, mais peut-être a-t-on trop tendance à croire qu’il s’agit d’une affaire de don plutôt que d’une disposition qu’il dépendrait de nous de cultiver pour rendre la pareille.

Le précepte proposé par Joubert n’est cependant pas sans rappeler les recommandations, familières aux enseignants, de  bienveillance  envers les apprenants leurs élèves. Mais l’intérêt de ce précepte réside justement dans son caractère général. Le devoir d’attention et d’indulgence n’est sûrement pas cantonné à la relation pédagogique, même s’il ne s’agit pas, inversement, de reconnaître à tous le même droit à l’attention et à l’indulgence. Joubert ne pose d’ailleurs pas le problème en terme de droit des autres à notre bienveillance, et je serai porté à interpréter son précepte dans le sens d’une éthique des vertus plutôt que dans celui d’une éthique déontologique (c’est-à-dire plus comme une réponse à la question : « quel genre de personne est-ce que je veux être? » que comme une réponse à la question « quelles sont mes obligations? »). Cette question mériterait d’être discutée plus à fond, mais ce sera pour une autre fois.

Le rapprochement avec le domaine pédagogique m’incite à apporter une autre précision. S’il s’agit de contribuer à « faire fleurir les pensées d’autrui » il est tentant d’établir un parallèle avec la maïeutique : l’art socratique d’accoucher les esprits. Mais ce que prône ici Joubert c’est une attitude, une disposition générale dont les effets sur autrui sont diffus tandis que la maïeutique s’exerce à travers des interventions plus nettement identifiables qui demandent d’ailleurs un savoir-faire spécifique (savoir poser les bonnes questions, repérer les sources d’embarras intellectuel etc.) .

 

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