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On trouve vraiment tout sur Youtube, y compris des extraits du Livre de l’Ami et de l’Aimé mis en musique. Un des poèmes est repris dans un florilège de musique des troubadours sous le patronage de Maria Laffite [1]

26. Cantaven los auçells l’alba, e desperatà’s l’amich qui es l’alba ; e los auçells feniren lur cant, e l’amich murí per l’amat, en l’alba.

26. Les oiseaux chantaient l’aurore, et l’Ami qui est l’aurore s’éveilla ; les oiseaux finirent leur chant, et l’Ami mourut pour l’Aimé à l’aurore.

Le texte qui est indiqué sous la vidéo est le suivant :

Cantaben els ocells l’alba,
I es desperatà l’amat qui es l’alba;
E los aucells finiren llur cant;
I l’amic morí per l’amat, en l’alba.

Si on compare ce texte et celui que je tire de l’édition dont je dispose, on constate, outre les variantes orthographiques sans importance, une différence textuelle non négligeable (et comme vous avez écouté très attentivement les paroles, cette différence ne vous a, bien sûr, pas échappé). Dans le deuxième verset du poème dit sur la musique c’est l’Aimé qui est l’aurore (l’amat qui es l’alba) alors que dans l’édition utilisée par la traduction Gifreu c’est l’Ami (l’amich qui es l’alba).  Peut être cette variation a-t-elle son origine dans un écart entre les versions des  différents manuscrits originaux. Je suis complètement incompétent pour déterminer quelle version est la plus sensée.

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Ce poème est repris avec d’autres dans une interprétation dont le style m’évoque vaguement celui du groupe Meccano. Indépendamment du talent musical des interprètes, la transformation de poèmes mystiques médiévaux en chanson de variété ne m’enthousiasme pas plus que cela. Je vous laisse vous faire votre avis.

Les poèmes intégrés dans la chanson sont les suivants.

26. Cantaven los auçells l’alba, e desperatà’s l’amich qui es l’alba ; e los auçells feniren lur cant, e l’amich murí per l’amat, en l’alba.

26. Les oiseaux chantaient l’aurore, et l’Ami qui est l’aurore s’éveilla ; les oiseaux finirent leur chant, et l’Ami mourut pour l’Aimé à l’aurore.

62. Digues, foll : si.t desamava ton amat, què faries ? –  Respòs, e dix que amaria per ço que no murís, con sia cosa que desamor sia mort, e amor sia vida.

62. « Dis, fol, si ton Aimé te désaimait que ferais-tu ? » L’Ami répondit : « Je l’aimerais afin de ne pas mourir, car le désamour est la mort, et l’amour est la vie. »

27. Cantava l’auçell en lo verger de l’amat. Vench l’amich, qui dix al aucell : – Si no.ns entenem per lenguatge, entenam-nos per amor ; cor en lot eu cant se representa a mos hulls mon amat. –

27. L’oiseau chantait dans le verger de l’Aimé. L’Ami vint et dit à l’oiseau : « Si nous ne nous comprenons pas par le langage,comprenons nous par l’amour, car ton chant représente à mes yeux mon Aimé.

97. Demanarem a l’amich de qui era. Respòs : – D’amor -.- De què est?-.-D’amor -.- Qui t’a engenrat ? -.- Amor -.- On naquist ? -.- En amor -.- Qui t’à nudrit ? -.- Amor -.- De què vius ?-.- D’amor -.- Com has nom ? -.- Amor -.- D’on vens -.- D’amor -.- On vas ? -.- A amor -.- On estàs? -.- En amor -.- Has altra cosa mas amor? -. Respòs – Hoc, colpes e torts contra mon amat-.- Ha en ton amat perdó ? -. Dix l’amich que en son amat era misericòrdia e justícia, e per açò era son ostal enfre temor he sperança.

97. On demanda à l’Ami de qui il était l’obligé. Il répondit : « De l’amour. – De quoi es-tu fait ? – D’amour. – Qui t’a engendré ? – Amour. – Où naquis-tu ? – Dans l’amour. – Qui t’a nourri ? – Amour. – De quoi vis-tu ? – D’amour ? – Quel est ton nom ? – Amour. – D’où viens-tu ? – D’amour. – Où vas-tu ? – A l’amour. – Où es-tu ? – Dans l’amour. – As-tu autre chose que l’amour ? » Il répondit : « Oui, fautes et torts envers mon Aimé. – Trouves-tu pardon auprès de ton Aimé ? » Et l’Ami dit « En mon Aimé sont la miséricorde et la justice, c’est pourquoi ma demeure est entre la crainte et l’espérance. »   

Dans la version du poème 26 qui constitue le premier couplet c’est l’Ami qui est l’aurore et non l’Aimé (cette version est donc la même que celle de mon édition et différente de la version utilisée dans la vidéo précédente). Pour ce qui est du refrain vous avez bien sûr reconnu le poème 62 que j’avais intégré à mon florilège personnel. Quant au poème 97 il a été coupé après la question « Has altra cosa mas amor? » (as-tu autre chose que l’amour?), ce qui élude la référence aux torts envers l’Aimé et à sa miséricorde.

Vous aurez sûrement remarqué que l’Ami qui meurt d’amour pour son aimé au §. 26 nous dit au §67. que c’est la désamour qui est la mort.  S’il est voué à la mort par l’amour comme par le désamour, son sort ne vous paraît peut-être pas très enviable. C’est un point sur lequel je reviendrai peut-être quand j’aurai parlé du livre de Denis de Rougemont que j’ai évoqué la dernière fois.


[1] Le lien c’est juste pour laisser penser que vous devriez connaître Maria Laffite … et que je comprends le catalan.