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Les hasards du furetage chez les bouquinistes de Montolieu m’ont donné l’occasion de découvrir le Livre de l’Ami et de l’Aimé de Raymond Lulle publié chez Orphée La différence, avec le texte original en catalan et la traduction de Patrick Gifreu.

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Une fois encore je me contenterai de renvoyer à la notice Wikipedia pour la présentation de cet auteur que je ne connaissais jusque là que par la référence peu flatteuse de Descartes à « l’art de Lulle » dans le Discours de la méthode.

Le Livre de l’Ami et de l’Aimé fait partie du cinquième chapitre du roman Blanquerne qui narre le parcours spirituel du personnage éponyme. Le roman n’est à ma connaissance pas disponible en français, je ne l’ai donc pas lu et mes explications s’appuieront sur la présentation de Patrick Gifreu.  Le roman de Blanquerne est construit en cinq livres en souvenir des cinq blessures du Christ et il passe en revue cinq états de la vie chrétienne : état matrimonial, état de monial, état de prélat, état apostolique et état érémitique. Je cite Gifreu :

« Dans ce dernier, et dans la solitude de son ermitage, Blanquerne prie et lit les Saintes écritures et le Livre de Contemplation, la première oeuvre de Lulle. Il décide aussi de composer, à l’image des soufis, mystiques musulmans : un bréviaire à l’intention des ermites : Le livre de l’Ami et de l’Aimé.« 

Dans cet ouvrage l’Aimé est bien évidemment Dieu et l’Ami l’homme amoureux de Dieu. Ce qu’il est intéressant de noter c’est que parmi les 366 paragraphes un grand nombre pourraient passer pour des extraits d’un poème parlant l’amour d’un homme pour un autre homme. Ce livre est donc du plus grand intérêt pour qui s’intéresse à la relation entre la description par les mystiques de l’amour pour Dieu et la description de l’amour humain de ses exaltations et de ses tourments. Paradoxalement l’ouvrage de Denis de Rougemont : L’amour et l’occident qui traite justement de cette problématique et particulièrement du rapport entre la mystique et la poésie courtoise ne fait pas référence à Lulle qui pourtant était à la fois un mystique et un poète troubadour. On aura l’occasion de voir que certains des textes du Livre de l’Ami et de l’Aimé illustrent certaines des analyses de Denis de Rougemont.

Il est temps de donner quelques extraits.

8. Demanà l’amat a l’amich: —Has membrança de nulla cosa que t’aja guardonat per ço cor me vols amar? — Respòs: — Hoc, per ço cor enfre los trebaylls e.•ls plaers que•m dónes no•m fas diferència. —

8. L’Aimé demanda à l’Ami : « Te souviens-tu que je t’ai fait quelque récompense pour que tu désires ainsi m’aimer ?» Il répondit : « oui, car entre les peines et les plaisirs que tu me donnes, je ne fais aucun différence. »

9. —Digues, amich —dix l’amat—, hauràs paciència si•t doble tes langors? —.
—Hoc, ab que•m dobles mes amors.

9. « Ami, dis moi dit l’Aimé, prendras tu patience si je double tes langueurs ? – Oui, répondit l’Ami, pourvu que tu doubles mes amours »

A suivre…