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« La mort des aphorismes, c’est la similitude, la forme interchangeable. Fanés, avant même d’avoir poussé un soupir. A l’opposé, le souffle de Joubert. »

Elias Canetti, Le collier de Mouche, p. 118

« Joubert a du sérieux, de la grâce et de la profondeur. Ces trois vertus participent de manière égale à sa pensée, aussi est-il plus que tout autre aphoriste proche de l’Antiquité. Particulièrement attrayante est son absence de pesanteur. Sa mélancolie n’alourdit point ses réflexions, mais leur confère la saveur d’une bonté compatissante. Il est certes agressé, mais il n’agresse pas. Sa pudeur ne lui permet pas de mordre ; son sens de la permanence le tient éloigné de toute forme de petitesse. Il absorbe le spirituel comme s’il était remuement d’air. Il ressent les pensées et les paroles comme une respiration ou un vol plané d’oiseau. »

Elias Canetti, Notes de Hampstead, p.55-56

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Voilà un nouveau fournisseur d’aphorisme pour ce blog recruté par cooptation. Je vous épargne un exposé biographique, vous êtes assez grands pour aller lire la notice de Joseph Joubert sur  Wikipedia.

Pour ma part j’ai découvert les aphorismes de Joubert quand j’étais étudiant, dans un recueil paru aux éditions 10-18 acheté chez un bouquiniste. Il est d’ailleurs très probable que ce soient les remarques élogieuses de Canetti à son sujet qui m’aient poussé à cet achat. Peu importe…

L’édition 10-18 consiste en une sélection de textes choisis et présentés par Georges Poulet. Ce dernier explique très clairement son principe de sélection :

« nous avons choisi de préférence toutes les pensées de Joubert où se manifeste le platonisme, d’ailleurs très personnel qui fut le sien » (p.XVII)

Toujours est-il que ce recueil m’a tellement plu que j’ai fini par acquérir l’édition intégrale des Carnets (deux tomes de plus de 600 pages, publiés chez Gallimard, contenant des textes classés par ordre chronologiques écrits entre 1774 et 1824).

Je trouve ce qu’écrit Canetti assez juste, cela fait notamment ressortir l’originalité de Joubert au sein de la tradition des moralistes français – La Rochefoucauld, Vauvenargues,  Chamfort – dont il a souvent été présenté comme l’ultime représentant.