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PESSOA2

« Des amis? Pas un seul. Des connaissances tout au plus, qui s’imaginent sympathiser avec moi, et qui éprouveraient peut-être de la peine si je passais sous un train et qu’il pleuve le jour de l’enterrement. »

Fernando Pessoa, Le livre de l’intranquillité, p. 509

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Comme j’aimerais être l’auteur de ces lignes!

A mes yeux la condition « qu’il pleuve le jour de l’enterrement » est un véritable trait de génie. C’est la touche too much qui redonne de la légèreté à l’ensemble en laissant deviner la part de jeu : Fernando Pessoa joue à être Bernardo Soares. S’il le joue si bien, je suppose que c’est parce que les souffrances de son hétéronyme ne lui sont pas étrangères et c’est peut être justement pour cela qu’il a besoin de les jouer car comme le dit Elias Canetti :

« On ne peut surmonter son malheur qu’en le jouant »

Le collier de mouche, p. 16

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J’ai résisté à l’envie de citer l’intégralité du fragment du Livre de l’intranquillité intitulé Journal lucide dont j’ai extrait ce passage, mais je me promets de revenir sur ce texte et plus généralement sur le traitement par Pessoa du thème de l’impossibilité d’une compréhension réciproque.