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L’avantage de connaître son public c’est de savoir comment susciter son intérêt. Ainsi, je sais qu’il est des personnes qu’on ne convaincra pas de s’intéresser au récemment disparu Pete Seeger en faisant valoir son influence sur Bob Dylan. En revanche peut être seront-elles surprises de découvrir ses liens avec les deux gloires de la chanson française sus-mentionnées.

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Guantanamera est une chanson cubaine écrite en 1929 par José Fernández Diaz et inspirée d’un poème de José Marti. Seeger en enregistre semble-t-il une version dès 1963 sur l’album We shall overcome. La version de Joe Dassin date de 1966, peut-être fut-elle inspirée – hypothèse personnelle – par le succès, la même année, de la reprise des Sandpipers elle-même basée sur les arrangements de Seeger.

J’espère que le côté éduc-pop de Seeger qui donne des explications au cours de la chanson sera apprécié par qui de droit.

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La version orginale de Si j’avais un marteau, If I had a hammer a été écrite en 1949 par Seeger et Lee Hays. C’est une chanson militante qui ne rencontre pas à l’origine un grand succès. La version française de Claude François date de 1963, elle fait suite, comme par hasard, au succès de la version de Trini Lopez la même année.

La dimension militante de la chanson originale est absente de la version française. Certes, avec un peu de sur-interprétation, on y discernerait une préoccupation pour la crise du logement, puisque Cloclo semble soucieux de loger son père, sa mère, ses frères et ses sœurs ; cependant le « It’s a hammer of justice, it’s a bell of freedom » de la version originale n’a pas d’équivalent dans la version française. Pour être juste il faut aussi reconnaître que, si  Trini Lopez conserve les paroles originales, sa manière d’interpréter la chanson ne lui donne pas vraiment une allure contestataire .

Ajout le 31/01/14

Petite précision, suite au commentaire, à propos de la différence entre la version originale et la version française.

Le remplacement du « It’s a hammer of justice, it’s a bell of freedom » par « C’est le marteau du courage. C’est la cloche de la liberté » et donc la substitution du courage à la justice est la conséquence de la transformation d’une chanson politique en chanson familiale.

Dans la version originale il s’agit d’avertir la communauté.

« I’d hammer out danger,
I’d hammer out a warning »

Dans le contexte « my brothers and my sisters » est à interpréter de manière métaphorique et large, il ne s’agit pas de la famille propre du chanteur (d’ailleurs à la différence de la version française il n’est pas question de « my father and my mother »). C’est pourquoi il s’agit de parcourir le pays :

And I got a song to sing, all over this land.

Dans la version française il s’agit de loger sa propre famille.

« Je bâtirais une ferme
Une grange et une barrière
Et j’y mettrais mon père
Ma mère, mes frères et mes sœurs »

Le « bonheur » (personnel et familial) remplace le  « all over this land » à la fin de chaque couplet.

La cloche est toujours là, mais elle devient le moyen de sonner l’heure du repas familial

Et le soir pour la soupe
J’appellerais mon père
Ma mère, mes frères et mes sœurs

Cependant la cloche a un peu de mal à passer l’épreuve de la transposition : on ne voit pas bien ce que « la cloche de la liberté » vient faire à la fin de la chanson de Cloclo, alors que « bell of freedom » dans la version originale est, je suppose, une référence à la Liberty Bell de la révolution américaine (d’ailleurs le « all over this land » de la chanson de Seeger fait écho au « Proclaim LIBERTY throughout all the land » inscrit sur la cloche de Philadelphie).